Après Klimt, la révolution

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Gustav Klimt mourait voici tout juste 100 ans. Ce peintre iconoclaste, amoureux des femmes, à la vie libre et au trait avant-gardiste a inspiré de nombreux peintres à sa suite. Dans le trait, un peu, mais surtout dans la démarche, plus philosophique qu'esthétique. Une démarche qui consistait à s'affranchir des codes alors en vogue pour exprimer un soi et un monde torturés. C'est ce parcours, cette chronologie picturale, que s'emploie à retracer l'exposition "Beyond Klimt", à Bozar.

 

Entre-guerre

"Cette exposition n'est pas une exposition sur Klimt, nous précise Béatrice van Dekerchove, guide à Bozar. C'est surtout une exposition sur le mouvement artistique à la suite de Klimt. On est dans l'entre-deux guerres. L'Europe Centrale, puisque c'est bien d'artistes de là-bas qu'il s'agit dans notre exposition, est en proie à de multiples chaos, géopolitiques tant qu'économiques." Quand Klimt meurt, en 1918, l'Europe Centrale est en pleine mutation. L'Empire Austro-Hongrois vient d'être dissolu, c'est la fin d'une guerre violente qui a laissé le peuple exsangue. Les artistes tissent entre eux un réseau international, participant à l'avant-garde esthétique: c'est la naissance des surréalisme, expressionnisme, néoréalisme, constructivisme ou encore Bauhaus.

L'art de Klimt ne s'est lui jamais revendiqué politique. Au contraire, il a plutôt voulu s'extraire de la politique. Klimt a évolué dans un empire austro-hongrois de la fête. Dans un monde où Freud commençait à poser les jalons de ses théories. Dans un monde féminin -Klimt a perpétuellement besoin d'être entourré de femmes- il était peintre de l'érotisme et du plaisir... tout en restant pudique. Klimt était certes scandaleux par ses mœurs mais restait prude dans ses productions. Les femmes étaient habillées de superbes et larges robes, les vêtements étaient très importants dans son univers (sa compagne, Emilie Flöge, tenait une maison de mode à Vienne) et les baisers dessinés restent chastes. Mais il a su imposer un art qui mêlait plus qu'habilement philosopie et esthétique. Sauf qu'un jour, à la fin de sa carrière, Klimt se fera dépasser par ses élèves. Parmi eux, un certain Egon Schiele qui s'est inspiré du trait de Klimt mais l'a poussé à l'extrême, dans la forme comme dans le fond. Schiele transposera le symbolisme de Klimt en un expressionisme viennois. Malheureusement, Schiele mourra de la grippe espagnole à 28 ans. "Sans ça, il serait évidemment présent dans la suite de l'exposition, nous glisse Béatrice van Dekerchove".

 

Chronologie esthétique

Et justement, cette exposition, cette chronologie esthétique d'après Klimt, en quoi consiste-t-elle? Elle est un continuum d'œuvres produites par des artistes d'Europe Centrale, arrivés après Klimt, qui ont exprimé le malaise d'une époque torturée. Kokoshka, Kupka, Moholy-Nagy et d'autres aux œuvres si douloureusement belle. En se promenant dans l'exposition "Beyond Klimt", on suit donc l'évolution du symbolisme idéologique de Mucha au réalisme d'Herbert Plogerger, en passant par l'abstraction analytique d'Erika Giovanna Klien. On oscille entre tableau hyper réalistel hongrois et marionnettes javanaises -Salzbourg est très connu pour son art de la marionnette.

Ce qui frappe, c'est que dans de nombreuses oeuvres présentées dans ce "Beyond Klimt", les corps et la matières sont présents. Comme si, étouffés par un monde en crise, en mutation, en recherche (d'identité et de sol), les artistes avaient eu besoin de mettre de la matière -soit des applats de couleurs aux reliefs visibles- et des corps nus, torturés, en lumière. Sans doute parce que dans ces 25 ans que durera l'entre-deux guerre ou en tout cas, la période de production des peintres présents à l'exposition, mille choses vont intervenir. Certains d'entre eux, juifs, devront trouver d'autres terres pour excercer leur art. D'autres s'engageront comme auteur pour les services de défense. Une partie de l'exposition est également consacrée aux magazines et affiches qui furent produits, en lien avec les artistes, durant cette période. Le monde du spectacle n'est pas absent de l'exposition, de même que l'architecture et le design, par le biais du Bauhaus, évidemment.

Parcourir "Beyond Klimt", c'est donc découvrir ce que l'art à à dire du monde comme il va, ce que l'art à à crier du monde comme il est, ce que l'art à dire du monde comme il se perd. Mais aussi de ce que l'art à à dire du monde comme il devrait se construire. Extraordinairement plurielle dans ses formes, elle permet de traverser cette époque torturée de l'entre-guerre, une époque de crise identitaire, politique, géographique et économique. Une époque faite de recherche absolue d'identité et de sérénité. Une époque finalement pas si différente de la nôtre...

 

Beyond Klimt, Bozar, du 21/09 au 20/01/19, mardi au dimanche, 10 à 18h, jeudi jusqu'à 21h, entrée entre 2 et 16€, visite guidée sur demande, lunch tours organisés à certaines dates (12€), www.bozar.be

 

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