La Grande Guerre

Aucune date spécifiée

Jeune Etat né en 1831, la Belgique de la dynastie de Saxe-Cobourg s’était vue garantir par les cinq grandes puissances du moment – le Royaume-Uni, la France, la Prusse, l’Empire d’Autriche et l’Em- pire russe – une neutralité « perpétuelle » et l’inviolabilité de son territoire, mais sa situation particulière face aux côtes anglaises, ses ressources en charbon, ses capacités industrielles et le caractère hétérogène d’une population composée de néerlandophones et de francophones avaient laissé planer un certain nombre de menaces. La France de Louis-Philippe, puis de Napoléon III n’avait pas dissi- mulé ses ambitions d’extension territoriale ; le tout jeune Empire allemand ne pouvait demeurer indifférent à l’évolution des anciens Pays-Bas autrichiens ; quant au gouvernement de Londres, il enten- dait s’opposer par tous les moyens à l’installation sur les côtes fla- mandes de l’une ou l’autre de ces deux puissances, les responsables du Foreign Office considérant qu’Anvers était « un pistolet braqué sur la tempe de l’Angleterre... ». 

 


La Belgique, nation récente et prospère 

Cette situation géopolitique précaire n’avait pas empêché le petit royaume de connaître un essor rapide au cours du XIXe siècle. Riche de ses ressources charbonnières et d’une puissante industrie métal- lurgique, bénéficiant d’un fort dynamisme démographique, dotée très tôt d’un équipement ferroviaire d’une densité exceptionnelle dans l’Europe d’alors, la Belgique, héritière des traditions manu- facturières et marchandes de ses vieilles cités flamandes et mosanes, s’était imposée comme un acteur à part entière du concert européen. Son premier souverain, Léopold Ier, l’avait dotée d’une organisation étatique et d’une administration solide et son successeur, Léopold II, lui avait apporté le fruit de ses initiatives africaines, l’immense colonie du Congo. Le pays était ainsi devenu, à l’orée du XXe siècle, une des puissances industrielles qui connais- sait les plus rapides progrès. 

 


Monté sur le trône en 1909, à la mort de son oncle Léopold II, le jeune roi Albert Ier – qui bénéficiait dans l’opinion, tout comme son épouse la reine Elisabeth, d’une grande popularité – va se trouver confronté, en 1914, au déclenchement d’une guerre dont personne n’avait imaginé l’ampleur et la durée. Commandant en chef de l’Ar- mée, le « roi-soldat » – les Français le désigneront plutôt sous le surnom de « roi-chevalier » – va maintenir pendant plus de quatre années, alors que le pays est presque totalement occupé, la légitimité de l’État et susciter le respect et l’admiration dans les pays de l’En- tente dont la victoire finale sera aussi celle des combattants belges de Liège, d’Anvers et du front de l’Yser. 

 


Bien avant l’explosion, à l’été de 1914, du cataclysme européen, le maintien de la neutralité belge faisait l’objet de nombreuses inter- rogations. En 1867, le général Frossard prophétisait qu’en cas de guerre entre la France et l’Empire allemand, « la neutralité belge ne serait pas respectée ». Il se trompait, car le petit royaume put échap- per à l’affrontement de 1870-1871 mais les contraintes de la géostra- tégie ne faisaient que remettre à plus tard l’hypothèse précédem- ment évoquée. Contraint d’agir vite sur le front ouest pour pouvoir se retourner dans la durée contre l’ennemi russe, l’état-major alle- mand a en effet prévu, à l’initiative du général von Schlieffen, de faire traverser la Belgique à l’aile droite de ses armées. Il s’agit d’en- velopper le dispositif français déployé sur ses frontières du nord-est pour réussir, en profitant des lenteurs de la mobilisation russe, une blitzkrieg, une guerre éclair qui doit permettre à l’Allemagne d’évi- ter une guerre sur deux fronts à l’issue incertaine. Des cris d’alarme ont été lancés, en France et en Belgique, pour mettre en garde contre un tel scénario. Dès 1886, Emile Banning, un proche de Léopold II, a publié des Considérations politiques sur la défense de la Meuse et insisté sur la faiblesse des frontières militaires du royaume. Léopold II et le général Brialmont ont alors conçu un système de fortifications censé protéger le pays sur sa frontière orien- tale. On s’inquiète aussi à Paris où le général Langlois a publié La neutralité et la défense de la Belgique ; il est bientôt suivi par Jules Poirier, auteur de La Belgique devant une guerre franco-allemande. Un article du général Maitrot, publié dans Le Correspondant s’intitule « L’offensive allemande par la Belgique ». Les responsables militaires belges sont bien conscients des dangers que pourrait courir leur pays en cas d’affrontement entre ses deux puissants voisins et ce risque constitue même le thème retenu en vue des grandes manœuvres de 1913, conclues sur une issue des plus optimistes puisque l’Armée belge en retraite est supposée stopper l’ennemi potentiel devant Namur grâce aux pièces lourdes de la place.

 


Inscrite comme une menace dans la situation géographique de la Belgique, la violation de sa neutralité – que les Français ont, en 1912, renoncé à perpétrer « en premier » – préoccupe grandement le roi Albert, très soucieux de développer les capacités défensives du pays. Quand le ministre de la Guerre a soumis en 1910 à sa signature un projet prévoyant de confier à un officier général la charge de com- mandant en chef de l’Armée, conférée au roi par la Constitution, il refuse de signer. Albert Ier réagit en créant un état-major de l’Armée dépendant étroitement de son autorité et chargé d’étudier dès le temps de paix toutes les questions relatives à la mobilisation et aux plans d’opérations. Il choisit également comme premier chef d’état-major son aide de camp, le général Jungbluth. Il s’agit alors de se mettre à l’abri de toute surprise mais les événements viennent rapidement confirmer les inquiétudes du souverain. La situation internationale est en effet marquée par des crises répétées – celle d’Agadir en 1911, celles des Balkans en 1912 et 1913 – et l’empereur allemand Guillaume II donne à ses discours un ton belliciste inquié- tant. En 1912, le roi Carol de Roumanie avertit sa sœur – Marie de Hohenzollern-Sigmaringen, comtesse de Flandre et mère du roi Albert Ier – d’intentions allemandes susceptibles de faire peser sur la Belgique de lourdes menaces. Le roi Albert lui-même est convaincu que le miracle qui a préservé la Belgique de la guerre en 1870-1871 ne se reproduira pas. Il précise dans une note sa vision des choses : « Que faut-il entendre par la défense de notre neutralité ? Nous sommes placés entre trois belli- gérants éventuels, garants de notre neutralité. Nous sommes réso- lus : premièrement à déclarer immédiatement la guerre à celui qui, de propos délibéré, violerait la moindre parcelle de notre territoire ; deuxièmement, à conduire cette guerre avec la dernière énergie en y consacrant la totalité de nos moyens militaires, mis en action là où nous le jugerons le plus efficace, fût-ce même hors de nos fron- tières ; troisièmement, à continuer l’action guerrière après que le violateur aura évacué notre territoire et à la poursuivre jusqu’à la conclusion de la paix générale. » 

 


Hôte de Guillaume II à Potsdam le 6 novembre 1913, le roi Albert entend l’empereur allemand lui déclarer, en présence du général von Moltke, chef d’état-major général des Armées allemandes, qu’une guerre franco-allemande est inévitable et que la supériorité militaire écrasante de l’Allemagne ne laisse aucun doute quant à l’issue du conflit, Moltke confirmant les propos de son souverain. Albert Ier demeurant sur la réserve, Guillaume II lui rappelle qu’il est issu de la maison de Cobourg et qu’il compte sur cette ascendance alle- mande pour voir son interlocuteur se rallier le moment venu à la cause du Reich. Mais le roi des Belges réagit en déclarant à l’empe- reur : « Je suis certainement de Cobourg, mais je suis aussi d’Orléans (la grand-mère maternelle d’Albert Ier était la reine Louise-Marie, fille aînée de Louis-Philippe, roi des Français) mais je ne saurais oublier que je suis surtout Belge... » 

... et allié de la France 

Dès le lendemain de cette entrevue, Albert Ier charge l’ambassadeur de Belgique à Berlin, le baron Beyens, d’avertir confidentiellement le président de la République française, Raymond Poincaré, par l’in- termédiaire de l’ambassadeur de France à Berlin, Jules Cambon, des intentions manifestées par l’empereur d’Allemagne. Ce 7 novembre 1913, il est clair que le roi des Belges, lucide quant aux menaces qui pèsent alors sur la paix, a d’ores et déjà chosi son camp. De retour à Bruxelles, le roi se préoccupe plus que jamais de la défense nationale car il est bien conscient, au vu des tensions en cours, qu’un événement fortuit peut rapidement dégénérer et ruiner le fragile équilibre européen. 

 


Le 2 août, l’ambassadeur d’Allemagne à Bruxelles, von Below- Saleske, remet l’ultimatum exigeant que la Belgique laisse traverser son territoire par les armées allemandes chargées de mettre en oeuvre à l’Ouest le grand coup de faux prévu par le plan von Schlieffen. Après avoir réuni ses ministres et ses conseillers au palais royal de Bruxelles le roi leur affirme que « notre devoir est de défendre l’intégrité du territoire. Nous n’y faillirons pas. » C’est dans cet esprit que le comte Henri Carton de Wiart rédige la réponse du gouvernement à l’ultimatum allemand : « Le gouvernement belge, en acceptant les propositions qui lui sont notifiées, sacrifierait l’honneur de la nation en même temps qu’il trahirait ses devoirs vis à vis de l’Europe. Conscient du rôle que la Belgique joue depuis plus de quatre-vingts ans dans la civilisation du monde, il se refuse à croire que l’indépendance de la Belgique ne puisse être conservée qu’au prix de la violation de sa neutralité. Si cet espoir était déçu, le gouvernement belge est fermement décidé à repousser, par tous les moyens en son pouvoir, toute atteinte à son droit. » Le roi et ses ministres décident alors d’attendre, pour faire appel à la France et à l’Angleterre, une violation effective du territoire belge par les troupes allemandes. Le 4 août une unité de uhlans franchit la frontière à Gemmenich dans le pays de Herve. Au même moment, le roi s’adressait aux deux Chambres réunies... « Jamais depuis 1830 heure plus grave n’a sonné pour la Belgique : l’intégrité de notre territoire est menacée ; deux vertus sont indispensables : le courage, calme mais ferme, et l’union intime de tous les Belges... Si l’étranger, au mépris de la neutralité dont nous avons toujours observé les exi- gences, viole le territoire, il trouvera tous les Belges groupés autour du souverain, qui ne trahira jamais son serment constitutionnel, et du gouvernement investi de la confiance de la nation entière. J’ai foi dans nos destinées : un pays qui se défend s’impose au respect de tous : ce pays ne périt pas...

» 


Ne disposant que d’un effectif réel de 140 000 hommes, l’Armée belge reçut mission d’arrêter l’envahisseur aussi longtemps que pos- sible. Les forts de Liège, placés sous les ordres du général Leman, encaissèrent le premier choc et résistèrent jusqu’au 16 août, écrasés par l’artillerie lourde allemande. Résistance inattendue pour l’en- nemi qui perdit en ces combats un temps précieux pour développer l’offensive de grande envergure qu’il avait prévue. La mobilisation, la concentration et les mouvements des forces françaises et anglaises en furent d’autant facilitées. 

Le 12 août, les forces belges déployées sur la ligne de la Gette affron- tèrent victorieusement la cavalerie allemande. Ce n’était qu’un coup d’arrêt localisé car le gros des forces ennemies s’enfonçait désormais en territoire belge, contraignant les troupes du roi Albert à entamer, à partir du 18 août, une retraite sur Anvers, seule issue pour échap- per à une destruction certaine. Cette manœuvre suscita des protes- tations françaises mais son report aurait signifié l’arrêt de mort de l’Armée belge et elle déjoua le plan allemand qui visait, en la coupant d’Anvers, à son anéantissement rapide. 

L’avance des troupes allemandes en territoire belge voyait les enva- hisseurs – convaincus qu’ils allaient être confrontés aux actions 

 



Le roi Albert Ier, malgré les injonctions des Français et des Anglais dès la débâcle de la fin de l’année 1914, et malgré le danger, se refusa tout au long du conflit à s’exiler hors de Belgique, a chant ainsi un courage qui galvanisait son armée, donnait espoir à la population envahie par l’ennemi, et forçait l’admiration des gouvernements de la triple Entente (Royaume-Uni, France, Empire russe). Mais très vite, la situation du gouvernement belge devint intenable : pour les mêmes raisons de sécurité et surtout, pour continuer à travailler sans être exposée au joug des Allemands, la capitale administrative du royaume de Belgique est « déplacée » dans la petite ville de Sainte-Adresse, station balnéaire située au nord- ouest du Havre, en Normandie.« Déplacée » et non « exilée », car du 13 octobre 1914 jusqu’à novembre 1918, la ville vit au rythme belge : elle est en e et entièrement louée selon un bail qui fait de son sol une extension du plat pays. Outre les bâtiments administratifs, un hôpital y est aménagé, une école, un bureau de poste (on y utilise des timbres belges !, voir en photo ci-dessus). Le chef du gouvernement, Charles de Broqueville, a donc passé de nombreuses heures sur les routes à cette période, faisant la navette entre Sainte-Adresse et La Panne, en zone libre belge, où le roi Albert se réfugia tout de même, fuyant l’occupation allemande de Bruxelles. Albert Ier, fidèle à ses engagements et au serment fait envers son pays, ne mit jamais un pied dans la station balnéaire normande. d’éventuels francs-tireurs – accomplir des destructions et des mas- sacres qui allaient grandement servir la propagande de l’Entente ; Aerschot, où s’étaient livrés des combats d’arrière-garde, est ainsi détruite le 19 août. Le 21, c’est le tour d’Andenne et le 23 plusieurs centaines de civils sont massacrés à Dinant. L’épisode le plus triste- ment fameux demeure, le 25 août, celui de l’incendie de Louvain dont les habitants voient disparaître dans les flammes la collégiale Saint Pierre et la prestigieuse bibliothèque de l’Université. Après la victoire remportée par les Ie et IIe Armées allemandes sur la Ve Armée française dans le secteur de Charleroi, la résistance des forts de Namur était devenue vaine et le général Michel prit à temps la décision de retraiter sur Anvers. 


La bataille des frontières des trois premières semaines d’août était perdue et l’ennemi occupait désormais Bruxelles et les deux tiers du pays. Installées sur la Nèthe et le Ruper, les unités de l’Armée belge qui avaient pu retraiter avaient maintenant pour mission de fixer devant Anvers le plus longtemps possible le maximum de forces allemandes qui allaient manquer plus au sud contre les forces fran- çaises et anglaises en retraite et faire défaut à Moltke au moment de l’affrontement décisif qui allait se livrer quinze jours plus tard sur la Marne. Les 25-26 août, les troupes belges tentèrent une sortie du camp retranché d’Anvers. Les résultats furent décevants mais cinq divisions allemandes furent ainsi fixées. Du 9 au 12 septembre, les Belges reprennent l’initiative, au moment où se déroulent les com- bats décisifs de la Marne. Au prix de lourds sacrifices, cette offensive contraint l’ennemi à ramener cinq divisions sur le front belge au moment où, de l’Oise à la Meuse, l’ennemi est contraint de se replier vers le nord. Le commandement allemand décide alors d’en finir avec Anvers, écrasée par les feux de l’artillerie lourde. Le 7 octobre, alors que se développait rapidement la « course à la mer », le roi Albert, conscient de la menace d’encerclement qui pesait sur le camp retranché, ordonna l’évacuation et la retraite et la garde cité de l’Escaut se rendit le 10 octobre au général von Beseler, après que sa garnison eut réussi à s’exfiltrer vers le sud-ouest.. Les forces belges exténuées parvinrent ainsi, au cours des jours suivants, à se replier par Bruges sur l’Yser. 


Les 10 et 11 octobre, lors d’une conférence réunie à Ostende, les Anglais et les Français demandèrent au roi Albert de transmettre le commandement de son armée à un général pour se réfugier en Angleterre mais ils se heurtèrent à un refus, car le souverain n’en- tendait pas abandonner le sol national. Deux jours plus tard, il s’adressait à ses soldats pour les féliciter de leur bravoure et délivrer un message de confiance, à la veille du déclenchement de la bataille de l’Yser. Sur un front de 38 km dessiné par le cours de cette petite rivière côtière, 60 000 combattants belges, renforcés par 4 000 Français de la brigade de fusiliers marins de l’amiral Ronarc’h, vont réussir à contenir les assauts furieux des forces allemandes chargées de s’emparer du littoral de la Mer du Nord et de ses ports, si précieux pour les Anglais. À l’issue d’une semaine de combats furieux, les Allemands ne purent s’emparer de Dixmude et de Nieuport. Le 24 octobre l’ennemi parvient cependant à atteindre le remblai du chemin de fer reliant ces deux villes et c’est l’ouverture des vannes de l’écluse de Furnes puis du déversoir de Noorvaert qui va finale- ment, en noyant la plaine, stopper la poussée allemande. Le 30 octobre, l’ennemi doit renoncer et la victoire peut être mise au crédit d’un soldat belge qui a révélé des qualités d’endurance et de comba- tivité tout à fait inattendues. 


Dans la guerre de positions qui s’installe ensuite pour plusieurs années, ce soldst belge va connaître les mêmes épreuves que les autres combattants, alliés ou ennemis, dans les batailles sanglantes livrées aux côtés des Anglais dans les secteurs d’Ypres, de même. Notre pays est presque entièrement envahi. D’autre part, l’expérience des récentes offensives montre que la conquête de la Belgique par les armées alliées l’expose à une totale destruction. Quel jugement porterait l’Histoire sur une politique qui n’aurait conçu d’autre moyen de délivrer le pays que la continuation à outrance d’une lutte entraînant la ruine et le dépeuplement de nos plus belles provinces ? Loin de moi l’idée d’une paix qui ne serait pas honorable. J’aimerais mieux combattre jusqu’à mon dernier souffle plutôt que de rentrer dans une Belgique diminuée ou asser- vie. Mais je déclare que le gouvernement ne peut pas, dans les circonstances actuelles, s’incliner devant la fatalité. Il importe aussi que nous conservions vis-à-vis des neutres et du monde civi- lisé la forte position que nous a acquise la cause pour laquelle nous sommes entrés en guerre. » La Belgique dut, malgré tout, s’aligner sur le rejet allié des propositions allemandes, mais le roi Albert n’en affirma pas moins qu’il ne convenait pas de « se laisser inti- mider par la menace de méfiance que les dirigeants alliés seraient incapables de faire partager aux opinions publiques de leurs pays. » Il savait en effet que l’exemple donné par ses soldats sur le front de l’Yser avait suscité, dans le camp allié, une immense vague de sympathie en faveur de son pays et de sa personne. 


Quand vint l’ultime année de la guerre, le front des Flandres s’em- brasa de nouveau et les Allemands parvinrent à s’emparer du mont Kemmel mais, à la mi-juillet, le sort du conflit fut tranché sur la Marne. Après le 8 août « jour de deuil de l’Armée allemande » selon Ludendorf, le moment de la libération se rapprocha. Le 11 sep- tembre, Albert Ier lance un appel à ses soldats « pour le Droit, la Liberté et la Belgique glorieuse et immortelle. » Après avoir tenu le front héroïquement pendant près de quatre ans, les soldats belges s’élancèrent aux côtés de leurs frères d’armes français et britanniques pour produire l’effort final. Les hauteurs des Flandres, la forêt de Houthulst et Dixmude furent reprises. Le 17 octobre, Ostende et Bruges furent libérées. Une nouvelle offen- sive était prévue en novembre mis l’armistice conclu le 11 à Rethondes la rendit inutile. La guerre sur le front ouest se termi- nait et, au prix de lourds sacrifices, l’Armée belge avait pris sa part à la victoire finale. 


Le 22 novembre 1918, Bruxelles réserve un accueil triomphal au couple royal. Le souverain vient « apporter le salut de l’Armée » au Parlement de 1914 dont le mandat avait été prolongé jusqu’à la fin du conflit. Il y annonce la formation d’un ministère d’Union sacrée ainsi que la mise en œuvre du suffrage universel et de mesures des- tinées à renforcer l’unité nationale et à satisfaire la partie néerlan- dophone du pays. Le petit royaume de Belgique sortait grandi de la terrible épreuve. Ses souffrances lui avaient valu l’admiration du monde et son roi bénéficiait d’un prestige sans commune mesure avec celui dont avaient pu jouir ses prédécesseurs. L’annexion des cantons flamands d’Eupen et de Malmédy, celle des territoires coloniaux du Rwanda te de l’Urundi, les indemnités prévues au titre des réparations alle- mandes, tout cela contribuait à donner au pays une place sans rap- port avec son extension territoriale et son poids démographique. On put vérifier le prestige ainsi acquis à l’aune de l’émotion suscitée en février 1934 par la mort accidentelle du « roi chevalier », survenue à Marche-les-Dames, dans les Ardennes. Langemarck, de Dixmude ou de Ramscapelle. Seule une petite par- tie de la Flandre occidentale échappait à l’envahisseur mais le gou- verneur général allemand von Bissing, malgré ses efforts en direc- tion de la communauté flamande, ne parvint pas à susciter l’adhésion de la population, encouragée à la résistance morale par le cardinal Mercier, primat de Belgique. 

Les réquisitions réalisées par l’Occupant, la mobilisation de la main d’œuvre, l’envoi de cent mille chômeurs ou travailleurs en Allemagne et la déportation de diverses personnalités connues pour leur hostilité aux Allemands alimentèrent l’esprit de résis- tance et plusieurs agents fournissant des renseignements aux alliés de l’Entente, dont l’emblématique Edith Cavell, furent exécutés. Dans le domaine de l’aide aux populations appauvries, un Comité national de secours et d’alimentation, fondé dès septembre 1914 par Ernest Solvay et Léon Delcroix put organiser l’arrivée de ravi- taillements fournis par la Commission de secours à la Belgique dirigée par l’Américain Herbert Hoover. Le sort de la population préoccupait le roi qui entendait aussi rester vigilant quant aux projets alliés susceptibles, du fait du développement des opérations militaires, d’aboutir à des destructions généralisées sur le terri- toire belge. Préoccupations partagées par le gouvernement installé à Sainte-Adresse, à côté du Havre. 

 


Les grandes offensives alliées d’Artois, de Champagne ou de la Somme ne permirent pas de briser le front allemand sur le front occidental et la Belgique demeura occupée jusqu’en 1918 mais si la situation apparaissait bloquée sur le front ouest-européen, les forces belges purent s’enorgueillir des succès obtenus outre-mer. Des unités belges ont en effet participé aux côtés des Français et des Anglais à la conquête du Cameroun allemand, mais ce furent surtout les victoires remportées dans l’Est africain allemand qui frappèrent l’opinion. Le corps expéditionnaire du général Tombeur, engagé avec les Anglais et les Portugais à partir du Congo contre les troupes du général allemand von Lettow-Vorbeck ont en effet repoussé l’ennemi au-delà du lac Tanganyika et pris Tabora, la place principale de l’Afrique orientale allemande. 

Pour que vive la Belgique 

En décembre 1916, le gouvernement allemand, fort de la victoire remportée contre la Roumanie, proposa l’ouverture de négociations de paix, qui fut finalement refusée par les Alliés de l’Entente mais, dans cette affaire, le roi Albert fit entendre sa différence par rapport à la réponse des grandes puissances. Il constate alors que « quelle que soit la procédure qui sera adoptée pour la réponse à la note allemande, nous ne pouvons pas identifier notre réponse à celle des grandes puissances. 

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