Les Graton, pères de Michel Vaillant

Paru dans JV21, Octobre-novembre 2010

L’actualité est d’une richesse inouïe pour les amateurs de BD et de sports mécaniques. Alors que la famille Graton, après avoir récupéré tous les droits dispersés des « Michel Vaillant », a décidé d’en déléguer l’édition au Lombard, un « Alain Prost » paraît dans la collection des Dossiers Michel Vaillant.

En effet, il y a quelques jours, paraissaient en librairie les treize premiers albums de Michel Vaillant et le douzième volume de la collection des Dossiers Michel Vaillant, dédié au mythique champion automobile français Alain Prost.Et ce n’est pas tout à fait un hasard si l’on en croit les explications lumineuses de Philippe Graton, « frère », si l’on peut dire, de Michel Vaillant puisque leur père commun s’appelle Jean Graton.

Car dans la famille Graton, au début était le père. Jean Graton, né à Nantes en 1923, est venu en Belgique au tout début des années 50, non pas pour y chercher fortune mais pour trouver un peu de travail de dessinateur dans une capitale moins effrayante que Paris et plus prometteuse que la trop petite cité bretonne
(Oui, Nantes est en Bretagne !). Jean Graton ne pensait pas alors du tout à la bande dessinée, il espérait seulement que la publicité et la presse allaient lui offrir la possibilité d’exprimer son talent de dessinateur. Il avait jeté son dévolu sur la capitale belge car l’une de ses grand tante, institutrice, pouvait lui assurer pour quelque temps le gîte et le couvert.

 

Mésaventures éditoriales

 

Alors qu’il consacrait ses journées à présenter ses dessins aux rédactions et ses soirées en cours à perfectionner ses notions de dessin publicitaire, il entra un jour par hasard dans le bureau de dessin de Spirou. « C’était un vendredi 13 », se plait-t-il à préciser. Aussitôt, on l’embauche pour assurer les toutes prochaines planches de la série « Les belles histoires de l’oncle Paul ». Cette série, mythique alors chez Défi ».

Dans les années 70, mécontent du sort que lui réserve son éditeur, il se fâche avec lui, le quitte et engage un procès qui durera des années. Il semble que Raymond Leblanc, patron des éditions du Lombard et fondateur du « Journal de Tintin », n’était pas toujours facile à vivre pour ses auteurs.

Le conflit qui l’opposait au Lombard enfin jugé, Jean Graton passa chez Dargaud qui lui avait fait la promesse d’un pont d’or. Les conditions du contrat qu’il signa alors ne ressemblaient pas aux projets qui lui avaient été présentés dans l’attente de la résolution du conflit qui l’opposait au Lombard. Lorsqu’il s’en étonna, Dargaud lui répondit : « Mais, à l’époque vous aviez un éditeur ! ». Jean Graton passe donc quelque temps plus tard chez un petit d’éditeur indépendant, Novedi. Et puis, à la veille de publier le 40e album de la série, il se retrouve sans éditeur.

 

Graton fils

 

C’est ici qu’intervient le deuxième personnage de la famille Graton : le fils.

Nous sommes en 1981, Philippe Graton revient tout juste du service militaire, il a vingt ans, il est photographe et a bien l’intention de faire ce métier. Mais l’esprit de famille l’emporte.

À la proposition de son positivement pensant qu’il va pouvoir mener les deux activités de front. Il n’en est rien, et très vite il s’aperçoit qu’il va devoir se consacrer à 100% à cette nouvelle activité. Car Philippe Graton doit non seulement se mettre en quête de l’imprimeur et du diffuseur des albums de son père, mais il s’est mis en tête de récupérer l’ensemble des droits disséminés chez les éditeurs précédents. Il bouclera l’opération en 2002, ce qui lui permettra d’aller voir Luc Besson qui en tirera un film en 2003.

 

La naissance des "dossiers Michel Vaillant"

 

Dans le même temps frustré d’avoir dû abandonner sa carrière de reporter-photographe, il vient à l’idée de Philippe Graton de créer un genre nouveau d’albums : « les dossiers Michel Vaillant ». « J’ai ainsi réconcilié le journalisme et la BD, explique-t-il. » En effet ces albums qui racontent les histoires vraies de personnes réelles sont à la fois constitués de textes, de photos et de séquences de BD qui reconstituent des scènes clés de la vie du personnage central.

Ces albums sont bien entendu dédiés à des hommes ayant un rapport étroit avec le sport automobile, et parmi les douze déjà parus il faut citer James Dean et Steve Mc Queen pour les acteurs, Enzo Ferrari et Louis Chevrolet pour les industriels, Ayrton Senna, Jacky Ickx, Fangio, Henri Pescarolo, Gilles Villeneuve pour les pilotes… et bien entendu le dernier en date : Alain Prost, notre vedette nationale (française !) et internationale.

 

L'intégrale "Michel Vaillant" en cours

 

Quelque temps plus tard, Philippe Graton imagine également de se lancer dans le projet d’une « intégrale » de Michel Vaillant. Soixante-dix albums, le projet est ambitieux, et très vite Philippe Graton se rend compte qu’il ne peut pas le faire seul. « Les moyens humains et financiers nous manquent, comme nous manque un poids sur la distribution », explique-t-il, avant d’ajouter : « En 1981 il se publiait 500 nouveautés par an, il y en a maintenant 4000, et les libraires n’ont plus la place de mettre en avant l’album du fond ».

En 2009, Philippe Graton fait donc la tournée des éditeurs, et malgré la forte concentration du secteur, une autonomie relative est laissée à chaque enseigne. Il doit donc frapper à beaucoup de portes avant de trouver enfin les interlocuteurs réceptifs à son projet. « C’est chez Dupuis qu’un accueil enthousiaste m’est réservé, par un homme, Olivier Perrard, qui n’est pourtant pas du sérail puisqu’il a fait sa carrière dans le développement des marques chez Carrefour et Sephora. » Ainsi, grâce à cette confiance, le programme est maintenant lancé, l’édition des albums de Michel Vaillant est confiée pour dix ans à Dupuis qui éditera en deux ans les soixante dix albums sous la marque Graton.

 

Les Graton, pères de Michel Vaillant, ont été sélectionnés pour les Victors 2013.

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