L’Hôtel Wielemans

Paru dans JV31, Juin-juillet-août 2012 | Texte : Julie Galand, Photos : Serge Anton

Entre Art déco et tradition andalouse, la maison rêvée par l’épouse du célèbre brasseur belge ouvre ses portes aux événements d’un jour et aux visiteurs.

 

Un projet emblématique des années 1920


Au lendemain de la Première Guerre mondiale, un vent de nouveauté souffle sur l’Europe. En architecture, il se traduit par le style Art déco, exprimant les désirs de légèreté et de modernité d’une jeune génération de bourgeois et de nouveaux industriels. Ce sont les années 1920, la grande époque des paquebots, de l’automobile et de l’aviation, prompts à faire voyager l’esprit vers des contrées exotiques et à favoriser une diversité culturelle certaine.

C’est dans ce contexte que, passionnés par l’Espagne, Léon et Yvonne Wielemans emmènent leur ami et architecte Adrien Blomme en Andalousie, dans le but de lui faire construire, sur un nouveau terrain acheté à deux pas de l’avenue Louise, une maison s’inspirant de l’architecture locale. Après quelques esquisses, le trio repart pour le Plat pays, non sans avoir veillé à faire rapatrier quelques milliers d’azulejos. Le 30 août 1927, un navire quitte donc Séville pour Anvers, avec à son bord pas moins de 104 caisses contenant près de 5.000 carreaux de céramique. D’après l’histoire, il seraient tous arrivés intacts à bon port !

 

L'hôtel Wielemans est inauguré en 1928

 

Peu à peu, le rêve devient réalité, avec l’aide des meilleurs artisans. Rien de la façade ou du hall d’entrée étroit et sombre ne laisse présager la lumière et les volumes qui leur succèdent. Les pièces se distribuent autour d’un lumineux patio couvert se prolongeant sur deux étages, qui fait office de salon et mène à l’escalier principal. Quant au jardin-terrasse, il est également conçu sur le modèle andalou, avec une omniprésence de l’eau sous forme de fontaines, rigoles et autres bassins. L’ensemble est inauguré en 1928.

À cette époque, Adrien Blomme n’en est pas à son coup d’essai. Élève de Paul Hamesse, il s’est déjà consacré à plusieurs projets plus classiques lorsque celui-ci lui est confié. L’Hôtel Wielemans marque un tournant dans sa carrière et affermit son penchant pour le modernisme.

Dans les années qui suivent, les projets se succèdent : brasseries Wielemans-Ceuppens à Forest, qui resteront longtemps les plus modernes et les plus grandes d’Europe ; cinéma Métropole (actuel Zara rue Neuve, dont il ne reste que l’entrée) ; café « Aux Armes des Brasseurs », résidence personnelle et moderniste sur le coin de l’avenue des Nations (actuel rectorat de l’ULB) ; villa et dépendances Gosset... Avec le temps, beaucoup de ses oeuvres ont subi d’importantes altérations ou ont été détruites.

Exception de taille : l’Hôtel Wielemans, qui au-delà de son patio aux accents hispaniques, sera classé en 1994 en raison de certaines de ses caractéristiques jugées représentatives de l’architecture des années folles à Bruxelles. Car au-delà du pittoresque patio et de ses influences arabo-andalouses, il s’agit bel et bien d’un bâtiment moderniste avec ses espaces et ses volumes, l’expression de ses façades et leurs reliefs, tourelles, arcades, saillies, retraits et autres encorbellements.

 

Qui sont les Wielemans ?

 

Au-delà de leurs activités industrielles, les Wielemans sont très investis dans la culture.

On leur doit notamment la création de l’ancien cinéma Métropole situé rue Neuve, à deux pas de l’hôtel du même nom et de même propriétaire.

Quant à Mme Wielemans, pianiste de talent, elle a coutume d’organiser concerts et pièces de théâtre, mais préside également plusieurs associations à vocation socio-culturelle.

 

Les vies successives de l'hôtel Wielemans


Très vite après la construction de la maison, les lieux s’animent donc de dîners et de réceptions, et voient défiler des personnalités politiques et culturelles belges de premier plan, mais aussi des artistes français tels que Marcel Pagnol, Paul Claudel ou Raimu.

La maison sera habitée par les époux Wielemans jusque dans les années 70, puis louée aux Archives d’Architecture Moderne.

Après son classement en 1994, la demeure est rachetée en 1997 par la société Generali, qui occupe la tour mitoyenne, dans le but d’y organiser des expositions. Les travaux de rénovation sont alors confiés à l’architecte Gianluca Morozzo della Rocca, du bureau d’architectes ACEL. Si l’ensemble n’était pas en trop mauvais état, le toit n’ayant pas subi de dommages importants, certains endroits avaient plus souffert que d’autres. C’est le cas notamment du plancher de l’ancien bureau/bibliothèque, qui s’est relevé sous l’effet de l’humidité, mais aussi de la dalle fissurée située sous le carrelage du patio, blessure de guerre datant de l’occupation et occasionnée par la chute d’un obus à l’entrée de la rue du Bailly.

Pour rétablir l’aspect originel des lieux, l’architecte a pu compter sur les souvenirs et conseils d’Eric Wielemans, l’un des deux fils d’Yvonne et Léon Wielemans, qui a vécu vingt ans dans la maison.

Aujourd’hui, les lieux sont gérés par la société Edificio, qui se consacre à l’organisation d’événements privés dans des lieux d’exception tels que la bibliothèque Solvay ou le Concert Noble.

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