L'atelier Van der Kelen

Paru dans JV 36

 

 

macaronelu

 

 

L'Atelier Van der Kelen a été élu "Lieu à découvrir" lors des Victors 2015 ! 

 

 

 

 

 

Une histoire de famille
L'école Van der Kelen c'est une histoire de famille qui dure depuis 130 ans. Son fondateur Alfred Van Der Kelen y enseigne la peinture décorative dès 1892 en mettant à profit sa longue
expérience acquise à Paris en tant qu'apprenti auprès de différents décorateurs. A la fin du XIXe siècle, les peintres en bâtiment apprennent durant la période creuse de travail (de octobre
à mars) la maîtrise des imitations de bois et marbre et d'autres techniques décoratives. Son fils Clément prend la relève en 1951 après avoir lui aussi parachevé sa formation pratique à Paris
sur des chantiers de restauration. Il donne un nouvel élan à l'établissement en fusionnant avec l'école de peinture décorative Logelain créée en 1882 et réunit ainsi deux méthodes d'enseignement.
Il forme ensuite son épouse Denise et leur fille Sylvie aujourd'hui aux commandes de Van der Kelen. Bien qu'arrière-petite-nièce du peintre flamand Jean-Louis Hendrix (élève
de Henri Leys, initiateur du mouvement Néorenaissance flamande), et pratiquant le dessin depuis sa plus tendre enfance, Denise n'aurait pas pensé à suivre une école d'art. A l'époque, on ne peut en vivre sauf au travers de mécènes.
Après des études de traductrice, elle vient travailler à Bruxelles mais l'envie de créer la tenaille. L'école Van der Kelen dispense des cours du soir. Elle s'y inscrit et fait ainsi la connaissance de son professeur de peinture et futur mari. Sa voie est toute tracée. Clément Van der Kelen lui enseigne notamment l'imitation du bois et du marbre. A l'évocation de son beau-père fondateur, on devine une grande admiration : « La technique mise au point par Alfred allie la rigueur des pays du nord de l'Europe à la souplesse et l'élégance du savoir-faire français. A la fin du XIXe siècle, on dépensait peu pour la décoration, il fallait travailler vite avec peu de moyens. Aujourd'hui encore, faire appel à un peintre décorateur coûte moins cher que d'acheter les matériaux bruts. » Nous apprenons au passage que l'imitation du bois et du marbre se pratique depuis l'Antiquité. Le site de Pompéi en symbolise l'apogée. Aujourd'hui la jeune génération prend la relève, Sylvie également formée par la famille prodigue à Van der Kelen des cours de dorure et de technologie de la peinture. A la tête d'une entreprise de peinture décorative elle s'est spécialisée dans la restauration du patrimoine. Le parlement de Rennes ou le palais royal de Bruxelles n'ont plus de secret pour elle. Car mère et fille affectionnent
particulièrement ce sujet : « Nous jouissons d'un patrimoine immense en Europe et ailleurs. Il est important de l'entretenir et de le faire connaître pour véhiculer les valeurs et les traditions auprès des jeunes générations. Bien connaître le passé peut aider à affronter le futur ». Elles ont d'ailleurs publié en 2009 « La Peinture décorative selon Van der Kelen » (Editions Vial), un très bel ouvrage retraçant l'histoire de cette discipline depuis l'Antiquité ainsi que toutes les techniques enseignées à l'école. « Ce livre s'adresse aux élèves de notre établissement mais aussi aux décorateurs ou amateurs d'art. »

Un lieu chargé d'histoire et d'enseignement
Dans le bas de Saint-Gillles, le bâtiment qui abrite l'école depuis 1901 dégage une atmosphère mystérieuse lorsque l'on y pénètre pour la première fois. Nous sommes dans l'ancienne
maison du ferronnier d'art Prosper Schrivers. Tous les murs, imitations de bois et marbre réalisés par Alfred Van der Kelen, ont acquis une patine avec le temps. Les stucs sont peints
en faux bois et l'entrée reproduit l'imitation du marbre sur de la pierre bleue. On devine la pâte de l'artiste. Un exemple vivant pour les élèves. Il se dégage dans cet endroit un parfum typique d'huile de lin et de térébenthine, très apprécié des étudiants selon Denise. La luminosité de l'atelier contraste avec les pièces plus sombres ornées de peinture décorative qui le précèdent.
On se croirait au XIXe siècle dans l'atelier d'un grand maître. Accompagnés de la maîtresse des lieux, les pensionnaires peaufinent leurs techniques tout de même 44 heures par semaine.
« L'enseignement ne dure que 6 mois mais il est intensif. En dehors des cours pratiques, nous demandons des devoirs à réaliser à la maison ». à l'issue des six mois, L'école délivre un
diplôme de capacité professionnelle ainsi que la médaille d'or, d'argent ou de bronze aux élèves ayant satisfait aux exigences du jury. Celui-ci se compose de Denise et sa fille épaulées par
des personnes extérieures : des décorateurs et architectes d'intérieur, un géologue, le peintre Ferdinand Pire (spécialiste de la peinture sur verre dite églomisée) et 2 anciens élèves.
Une méthode axée sur la pratique intensive La méthode enseignée repose sur l'expérience des deux écoles qui ont formé des milliers d'élèves à travers le monde. Ici peu de théorie
mais un entraînement pratique intensif ainsi que le développement du sens de l'observation et la maîtrise du geste. Grâce aux documents issus des archives de ces 100 dernières
années complétés par des démonstrations et des échantillons naturels, les élèves peuvent parfaire leur savoir. Les techniques traditionnelles de peinture à l'eau et à l'huile, usage du XIXe siècle, confèrent au travail sa durabilité et sa profondeur. On apprend l'imitation du bois, du marbre, des pierres semi-précieuses, des fausses moulures. Des cours de perspectives, panneaux décoratifs, patines, dorure et argenture, pochoir, trompe l'oeil et lettrage publicitaire complètent le tout. D'illustres professeurs tels Alexandre Obolensky (spécialiste en peintures monumentales, auteur de nombreux décors pour la Brafa) ou Thierry Bosquet (peintre, décorateur de théâtre, spécialiste du trompe-l'oeil) divulguent leur savoir aux côtés de Denise et sa fille.

Pour maintenir la tradition de la période creuse de travail des peintres en bâtiment, les cours ont lieu d'octobre à mars. Ils accueillent en moyenne 25 élèves par an natifs de tous horizons.
« L'année dernière, dix nationalités étaient représentées, dont un archéologue turc qui ne parlait ni le français ni l'anglais ». Comme quoi, la création artistique dépasse les frontières
linguistiques. Il faut dire que la réputation de Van der Kelen est devenue planétaire et l'offre en la matière pauvre. Il n'existe pas d'autre d'école qui enseigne cette rigueur flamande
alliée à l'esthétisme français. Beaucoup d'élèves viennent suivre l'enseignement à Bruxelles faute d'avoir trouvé chaussure à leur pied dans leur pays. Celui-ci se dispense en français ou
en anglais. Denise cherche à créer des groupes homogènes et fait régner une certaine discipline. Une expérience en dessin est indispensable pour être admis. Pas de restriction d'âge
non plus, la moyenne s'établit de 7 à 77 ans... Parmi les élèves illustres de l'école on citera Lila de Nobili, décoratrice de Visconti et de La Callas venue suivre l'enseignement Van der Kelen sur le tard, à presque soixante printemps.

Des débouchés multiples et variés
La plupart des candidats ont déjà travaillé dans la décoration et tous veulent par la suite faire de la peinture décorative leur métier. Et les débouchés sont nombreux et variés : restauration,
décoration d'intérieur, décor de théâtre et de

Dans ce lieu chargé d'histoire, l'atelier regroupe 25 élèves qui apprennent 44 heures par semaine à imiter le bois, le marbre et d'autres matières sur des toiles de papier. L'enseignement est principalement axé sur la pratique. Cinéma, publicité, peinture artistique et d'autres encore. Beaucoup d'étudiants sont sollicités dès la fin de leur cycle, plus particulièrement dans tout ce qui touche à la restauration du patrimoine.


Chez des antiquaires de renom, dans de prestigieux châteaux ou encore dans d'incontournables musées, leur savoir-faire est reconnu et attendu. D'autres préfèrent se consacrer à
la scénographie, aux décors de théâtre ou de cinéma. Il existe aussi des débouchés dans le lettrage publicitaire. On a toujours besoin de belles devantures et enseignes de boutiques.
Enfin la décoration d'intérieur constitue une autre alternative. Le faux marbre coûte parfois moins cher que le vrai. Denise précise que les opportunités professionnelles varient en
fonction des continents : « Les Etats-Unis sont friands de décors neufs tandis que l'Europe offre plus de possibilités dans la restauration et la création en peinture décorative. » Les plus
aventureux préfèrent se consacrer à l'issue de cet enseignement rigoureux à la création pure.

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