L’Agneau mystique

Paru dans JV 59 - Fev-mars 2017 | Texte : Guy Gilsoul

Inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, le célèbre polyptyque des frères Van Eyck de Gand est considéré comme le chef-d’œuvre absolu de la peinture des Primitifs flamands du XVe siècle.

Sa réputation tient à l’incroyable réalisme des détails ainsi qu’à la fabuleuse maîtrise technique des couleurs obtenue par le procédé des glacis (couches superposées de teintes translucides). On ne se lasse pas d’admirer la précision avec laquelle les peintres rendent compte de la variété botanique tout autant que la sensualité avec laquelle ils suggèrent la douceur d’une carnation, la somptuosité d’un tissu, la délicatesse d’une aile d’ange ou encore la profondeur lumineuse d’une pierre précieuse. Aujourd’hui, après quatre années d’une restauration aussi exemplaire qu’audacieuse, une partie de ce polyptyque (les panneaux extérieurs) a regagné son lieu d’origine, la cathédrale Saint-Bavon de Gand (place Saint-Bavon). Et la découverte est saisissante tant le temps avait modifié les teintes et jauni l’ensemble des grisailles qui aujourd’hui retrouvent clarté et intensité (une banque d’images est disponible sur le site : lukasweb.be). De nouveaux détails ont été mis au jour comme une toile d’araignée derrière la tête du commanditaire Joos Vijd. Les couleurs ont retrouvé leur fraîcheur ainsi que leur subtilité.

Mais il y a plus, car au plaisir visuel de la contemplation des détails, s’impose désormais, grâce à la distribution savante des lumières, l’unité visuelle reliant les douze panneaux. En réalité, ces résultats sont le fait de l’audace des restaurateurs puisque cette fois, ils ne se sont pas contentés d’enlever les différentes couches de vernis anciens. Grâce aux études préalables liées aux progrès des techniques d’investigation nouvelles (le scanner micro-XRF, le microscope numérique haute résolution 3D…)  et à un travail d’exploitation des archives, il est apparu qu’entre les multiples strates de vernis déposées depuis le XVIe siècle, c’était 70 % de l’ensemble qui avait été repeint depuis le XVIIe siècle. Alors, avec mille précautions, sous la direction de l’IRPA (Institut royal du patrimoine artistique), la supervision d’un comité d’experts internationaux et la collaboration des milieux universitaires, la dizaine de restaurateurs a osé rejoindre peu à peu la couche picturale initiale. Celle qu’on n’avait jamais revue depuis quatre siècles. Quatre cents ans durant lesquels, afin de combler une lacune par exemple ou par obéissance aux désirs d’un prince, diverses interventions avaient simplifié certains modelés, raidi le dessin des plis d’une robe ou encore modifié la couleur d’un vêtement. En s’approchant ainsi de l’œuvre première, les restaurateurs ont découvert aussi que contrairement à une idée selon laquelle le caractère extrêmement précis et réaliste de l’ensemble exigeait un travail tout en lenteur et méticulosité, apparaissaient en certaines parties, une légèreté et une rapidité d’exécution insoupçonnées.


Elle livre aussi des réponses définitives à quelques questions jusqu’alors en suspens. Comme celle des cadres qui sont bien des originaux du XVe siècle, porteurs en outre d’une inscription d’origine confirmant de manière définitive l’association, souvent mise en doute, des deux frères Hubert et Jan dans la réalisation de l’œuvre. Bref, tout cela relance de nouvelles études et exégèses. Mais cette restauration (1.5 millions d’euros) concerne jusqu’ici une seule des faces du polyptyque, celle que l’on découvre une fois le polyptyque fermé. L’autre, la plus célèbre avec l’Agneau mystique au centre, a aujourd’hui rejoint le musée de Beaux-Arts de Gand pour une restauration « en public » qui, malheureusement ne sera pas menée comme la précédente puisqu’au lieu des huit ans nécessaires, il s’agit de terminer le travail en trois ans. En cause, l’organisation en 2020 d’une grande exposition gantoise à la fois au musée et dans la cathédrale. Cette année-là en effet, on fêtera le 800e anniversaire du jour où un riche marchand gantois rencontrait Hubert Van Eyck…

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