Studio ICP : tout pour la musique !

Paru dans JV 58 - déc/jan 2017 | Texte : Aurélia Dejond, Photos : Mathieu Ridelle (sauf mention)

D’Alain Bashung à Benjamin Biolay, depuis trente-cinq ans, tous les musiciens français connaissent ce studio bruxellois. Côté pile, une façade qui ne paie pas de mine, au point qu’un ancien échevin de la commune était persuadé que le bâtiment était abandonné. Côté face : le mythique studio ICP, véritable référence internationale. Visite guidée exclusive avec John Hastry, fondateur des lieux.

Quand on arrive, John allume les guirlandes sur le sapin. « Bienvenue à la maison ! », sourit le très pétillant sexagénaire. La « maison », ce sont des milliers de mètres carré sur deux étages. Nous sommes dans l’antre des anciens bâtiments de la boulangerie industrielle « Le Bon pain bruxellois », devenus aujourd’hui l’un des studios d’enregistrement les plus prestigieux du monde. John l’a voulu accueillant, confortable, chaleureux. Son leitmotiv ? Que l’on s’y sente chez soi. Et cela semble être le cas de milliers d’artistes belges, français et internationaux, fidèles à l’adresse à la réputation planétaire. Pourtant, vu de la rue, le bâtiment est d’une banalité désolante. Impossible d’imaginer que de Suede à The Cure, des Stranglers à Renaud, de Bashung à Polnareff, de Louise Attaque à Julien Clerc, sans oublier Maurane, Niagara, Goldman, Nougaro ou Aznavour, des milliers d’artistes y ont enregistré des albums culte. Car l’endroit, à l’abri des regards indiscrets, est l’un des secrets les mieux gardés du monde musical depuis trente-cinq ans : les ingénieurs du son et les musiciens y sont connus dans le monde entier pour leurs compétences, au point que de nombreuses stars ne jurent que par eux. Matériel à la pointe, talents légendaires, accueil sans pareil : le studio ICP est réputé internationalement pour sa qualité. Modeste, celui qui se préfère dans l’ombre plutôt que la lumière accepte aujourd’hui de lever un coin du voile sur les coulisses de cette incroyable aventure. John Hastry, qui ne parle jamais aux journalistes, nous ouvre son repaire et sa boîte à souvenirs, comme on ouvrirait une malle aux trésors. En nous attablant à une table en formica, une première madeleine de Proust s’invite dans la conversation : « À l’époque, nous étions pauvres, on faisait avec les moyens du bord. Ces tables ne coûtaient rien, aujourd’hui, elles sont complètement vintage et très recherchées. » Le formica se transforme en machine à remonter le temps…

« Alain Bashung a changé ma vie »

icp hastry1979 : John Hastry, musicien d’origine américano-irlandaise, né aux États-Unis et installé en Belgique depuis une quarantaine d’années, se désole qu’il n’existe pas de studio belge spécialisé dans la pop et le rock. « C’était l’époque de Johnny et Sheila, j’avais plutôt une culture rock venue d’Angleterre et des États-Unis, j’ai eu envie d’innover dans ce créneau. Les débuts ont été difficiles, les gens n’étaient pas prêts pour ça. La façon de fonctionner était toute autre : des éditeurs créaient des chansons puis se mettaient en quête d’un artiste pour les interpréter. Au départ, ma bande de musiciens et moi n’avions pas d’idée précise derrière la tête, on pensait faire un petit studio local et sans prétention… c’est raté (rires) ! » C’est en effet sans compter sur le bouche-à-oreille qui fait très vite son œuvre malgré eux, aussi bien dans le Royaume, qu’en dehors. C’est ainsi que de nombreux artistes, comme The Cure, Noir Désir ou TC Matic (groupe créé par Arno en 1980) décident de venir y enregistrer. La réputation du studio est fulgurante et titille rapidement la curiosité des artistes français, dont un certain Alain Bashung, alors un peu dans le creux de la vague, qui décide de franchir la porte du lieu dont tout le monde dit qu’il va compter. Il y enregistre notamment Sos Amor et Tu touches pas à mon pote, de l’album Passé le Rio Grande (1986), deux succès colossaux qui relancent sa carrière… et scellent à jamais le destin du studio de John Hastry. « On peut dire que Bashung a fait basculer la vie d’ICP », se souvient son fondateur. « Ces chansons ont connu un grand succès et la médiatisation a été considérable, notamment en France. La notoriété du studio a traversé la frontière : maisons de disques et producteurs français se sont montrés très enjoués. » C’est le déclic : Stephan Eicher, Jean-Louis Aubert, The Charts, Patrick Hernandez… les artistes se succèdent et ne se ressemblent pas, au point que, cinq ans plus tard, John doit s’agrandir. À son insu, il est en train de construire un studio qui deviendra une référence mondiale.

Victime de son succès, John Hastry rebondit très vite et s’entoure de professionnels pointus. En 1980, Christian Ramon est le premier ingénieur du son à le rejoindre, suivi de Michel Dierickx en 1981, d’Erwin Autrique en 1982, et de Phil Delire en 1985. Pendant plusieurs décennies, ces autres passionnés ultra pointus font la renommée du studio et enchaînent les albums à succès. Plébiscités par les artistes, leur reconnaissance internationale est telle que trente-cinq ans plus tard, Michel, Erwin et Phil sont toujours là ! « Ils sont une des très grandes forces du studio », explique le maître des lieux. « Il est très rare d’avoir un noyau dur fidèle avec lequel vous travaillez autant d’années. C’est propre à ICP : il n’est pas fréquent que les ingénieurs du son soient à ce point attachés à un studio. J’ai tenu à cette équipe quasi familiale dès le début. »

 

Un cocon pour booster la créativité

ICP 004Le socle du studio ICP ? La création progressive d’un véritable cocon complètement dédié aux artistes. L’idée s’est imposée d’elle-même : « Au début, je fonctionnais avec des appart-hôtels pour loger les artistes, on sortait déjeuner ou dîner dehors, il fallait prévoir les allers-retours matin et soir… j’ai très vite été confronté aux limites que cela imposait. J’ai donc imaginé un endroit où les artistes peuvent vivre vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans se soucier de rien, où ils sont logés et nourris, sans avoir à se préoccuper de l’extérieur, des intrusions éventuelles. À la limite, on peut même arriver le matin en pyjama, les studios sont à quelques mètres seulement des appartements privés. » John pense alors son antre comme un studio résidentiel : cuisinière à demeure, appartements et lofts, jardin, piscine intérieure, salle de gym, matériel de pointe, quatre studios d’enregistrement… tout est fait pour que l’on se sente bien, dorloté, l’esprit libéré des contraintes. « J’ai créé une vraie bulle où seule la musique compte : ici, on peut se consacrer pleinement à son album. Pour moi, la référence en studio est évidemment Abbey Road à Londres ! », ajoute John Hastry. Mythique, Abbey Road est aussi le plus vieux du monde et a été créé en 1931 dans la rue du même nom, immortalisée sur l’album des Beatles. En France, par exemple, le Château Miraval a également fait partie des studios incontournables (Pink Floyd et The Cure y ont notamment enregistré), avec la création du Studio éponyme en 1977 par le pianiste de jazz Jacques Loussier, qui avait acheté le domaine quelques années auparavant. L’ancienne bastide provençale du XVIIe siècle, entourée de trois cents hectares de pinèdes et de vignes, deviendra un lieu de renommée internationale, racheté en 1992 par un homme d’affaires américain qui a continué à faire durer le studio jusqu’en 2006 (il a ensuite été acheté puis revendu depuis par Angelina Jolie et Brad Bitt). « Aujourd’hui, il reste des lieux prodigieux, comme le Sun Studio à Memphis, créé en 1950, ou encore Electric Lady Studios à New York, imaginé par Jimmy Hendrix dans les années 70… mais j’ai également connu beaucoup de studios qui ont fermé, soit à cause de la crise, soit parce que les bâtiments valaient beaucoup d’argent et que l’opération était visiblement intéressante », se désole John Hastry.

La fidélité comme gage de longévité

icpcocoonSi le studio ICP existe toujours après trente-cinq ans et malgré la crise de l’industrie du disque, c’est entre autres grâce à la fidélité des artistes. « Les Beatles ont quasiment tout enregistré à Abbey Road. De la même manière, nous accompagnons des artistes sur le long terme. C’est le cas d’Alain Bashung, qui nous est resté fidèle jusqu’à la fin. C’est une grande fierté pour moi et nous tous. C’est le cas d’autres stars : Calojero vient chez ICP depuis qu’il a 16 ans, Benjamin Biolay a enregistré presque tous ses albums ici et produit d’autres artistes, comme Vanessa Paradis, Renaud revient lui aussi chaque fois, Axelle Red fait appel à nous très régulièrement, Manu da Silva ne nous quitte plus depuis qu’il nous a découverts… Impossible de tous les citer : Indochine, Julien Clerc, Maurane, Polnareff, Zazie, Hugues Aufray, Louise Attaque, Arno, le nombre exact de vedettes qui a défilé ici m’échappe, mais le seul chiffre dont je sois sûr, c’est que depuis les débuts, nous avons à notre actif plus ou moins 300 disques d’or, de platine et de diamant réunis ! », se félicite John Hastry, flatté que son lieu draine autant de succès, lance, confirme ou pérennise des talents. La clé de la réussite ? Un savant mélange de savoir-faire et d’ouverture musicale. « Nous sommes très à l’écoute des souhaits artistiques, mais aussi de ce qui se fait en général. On se réactualise sans cesse, on innove, on connaît les tendances… l’idéal est de ne jamais être dépassés. Rester curieux est un atout et la petite taille de la Belgique permet de ne pas s’enfermer dans une bulle : il est difficile de ne pas savoir ce qui se passe ailleurs. Pur durer, il faut rester actuel, les artistes ne nous le pardonneraient pas », sourit John.

Des musiciens privilégiés
Les qualités et compétences pointues des musiciens font partie intégrante de la renommée du studio bruxellois (voir l’interview de Nicolas Fiszman p.122). Au professionnalisme des ingénieurs du son s’ajoute un savoir-faire et une création musicale hors du commun. C’est qu’ICP fait figure d’exception dans le monde des studios : une pièce entière, surnommée la caverne d’Ali Baba, offre les meilleurs instruments aux musiciens. « Dans la majorité des studios, ils doivent emmener leur matériel. Ici, nous mettons tout à disposition et gratuitement, nous ne louons pas, personne ne doit être bloqué dans sa créativité ou son inventivité à cause d’un manque de moyens. » Le paradis pour des musiciens sans cesse en émulation, qui s’autorisent du coup à tout oser, tester, tenter, John Hastry y tient particulièrement.

Un travail à l’américaine
Le fondateur d’ICP, c’est aussi une personnalité. Résolument optimiste, cet enthousiaste met un point d’honneur à trouver une solution à chaque problème. « Je pense que je réunis les mentalités européenne et américaine : en Europe, on a tendance à être un peu plus grincheux quand il faut affronter un obstacle, aux États-Unis, on est plus “let’s do it”. » Cet Américano-irlandais préfère en tout cas « avancer que rouspéter » (sic). « Quand il faut y aller, il faut y aller. Qu’il s’agisse d’une star planétaire ou d’un débutant, je ne fais aucune différence », insiste celui qui n’aime pas que l’on hiérarchise les artistes en fonction de leur succès.
« Je suis fier de tous nos albums, de tous nos artistes. Participer au lancement d’une carrière et au succès grandissant d’un chanteur ou d’un groupe, c’est très gratifiant. Nous faisons un métier qui prend aux tripes, on est sans cesse émerveillés, on reste surpris, malgré les années qui passent. Et ce succès est très flatteur ! »

Le studio se conjugue au futur
Derrière la façade grise et banale, John Hastry, véritable âme du lieu, veille sur des milliers de carrières internationales et autant de stars depuis 1979. Résolument tourné vers l’avenir, il n’a d’autre regret que de ne pas avoir pu travailler avec Edith Piaf ou Serge Gainsbourg. Il a même réalisé son rêve d’ado : « Quand j’étais élève en secondaire, je jouais du Cat Stevens dans les bals de l’école avec mon groupe. Un beau jour de 2013, j’ai reçu un coup de fil d’un intermédiaire et pendant un moment, je n’y ai pas cru, j’ai pensé qu’il s’agissait d’une blague (rires). Pas du tout : on a fait deux de ses albums ! » Aujourd’hui, il ambitionne de s’imposer sur le marché américain. « Je suis prêt ! », conclut celui qui  referme la porte de la maison bruxelloise. Pas tape-à-l’œil, et pourtant une adresse phare du patrimoine culturel  musical mondial.

 

Renaud auteur-compositeur “C’est mon studio !"
C’est pour mettre en chanson une BD du dessinateur belge Walthéry que Renaud se rend la première fois chez ICP, dans les années 90. « C’était un CD-BD, j’y interprétais un titre, le projet était très original », se souvient l’artiste. « J’ai été séduit par le studio. J’ai donc eu envie d’y retourner pour y faire des albums complets. » Pour Renaud, ICP est une référence. « D’abord, pour les compétences exceptionnelles des ingénieurs du son et des musiciens. Ils sont d’une efficacité redoutable, c’est très impressionnant. Quant à John Hastry, il est terriblement paternel. C’est un véritable ange gardien. Professionnel jusqu’au bout des ongles, généreux, enthousiaste, il s’occupe des artistes comme si nous étions ses propres enfants. » S’il a déjà enregistré à Londres ou à New York par exemple, Renaud explique que le confort du studio belge reste inégalé. « Ce n’est pas un hasard si énormément d’artistes français préfèrent le studio bruxellois à des studios parisiens. Idem pour les artistes anglais et américains qui ne s’y trompent pas. Enregistrer chez ICP apporte un vrai “truc en plus” à l’album. C’est un lieu où l’on se sent chez soi : les appartements sont magnifiques, la cuisinière a un talent fou, le personnel est adorable, l’équipe est très pointue, on peut également se détendre avec plus de 1.500 DVD à disposition, un billard, une salle de gym, des flippers... On y est à l’abri, peu exposé : c’est très important pour un artiste de pouvoir être dans sa bulle, on aspire à cette tranquillité pour pouvoir se donner à fond et tout consacrer à la création, la créativité. On y va un peu comme en retraite. C’est un lieu qui rend hommage à la musique et aux artistes, John a eu une idée de génie ! J’y enregistrerai à nouveau mon prochain album : c’est mon studio ! »

Calojero auteur-compositeur : “Mon ingé-son chez ICP, c’est Lucky Luke !"
Calojero et le studio ICP, c’est une longue histoire. L’artiste y a été la première fois alors qu’il n’avait que 17 ans, quand il faisait encore partie des Charts. « Les autres membres du groupe m’avaient prévenu : j’allais découvrir un endroit dingue ! », se souvient celui qui, 28 ans plus tard, est toujours fidèle au lieu. « À part Abbey Road, aucun studio n’est aussi exceptionnel. John collectionne les instruments depuis les années 60, il y a des armoires entières de guitares. En France, les studios sont chouettes, mais franchement, c’est incomparable ! », explique l’artiste. Pour lui, ICP est bien plus qu’un studio : « C’est un vrai lieu de vie où l’un des maîtres-mots est le partage. Nous ne sommes pas des collègues de travail. On noue des relations profondes, on échange, on parle, on mange ensemble, on vit ensemble. C’est une vraie deuxième famille. » Au point que Calojero y a des souvenirs olfactifs très marqués. « L’odeur du café le matin, de la cuisine à l’heure des repas… c’est comme à la maison ! Ça booste la créativité d’être dans un endroit aussi accueillant, qui fait du bien aux artistes. » Pas étonnant qu’il y revienne quasiment chaque fois. Il y a d’ailleurs une complicité particulière avec un ingénieur du son. « Je travaille toujours avec le même, d’abord parce qu’il me connaît depuis que j’ai 17 ans, ensuite parce qu’on s’entend bien et qu’il connaît ma voix par cœur. Mais avant tout, parce qu’il a énormément de talent, est très consciencieux, a l’oreille très affûtée. Il fait tout vite et bien, c’est Lucky Luke ! Je suis sûr qu’il se reconnaîtra ! »

Axelle Red, auteur-compositeur  “Un magasin de jouets pour les musiciens !"
C’est pour son album espagnol Con Solo Pensarlo, une compilation des meilleurs titres de ses deux premiers albums, qu’Axelle Red enregistre la première fois au studio ICP, en 1998. « Concrètement, il fallait mélanger mes deux premiers albums et techniquement, c’était plutôt compliqué, on a donc pensé au studio de John, très réputé pour ses ingénieurs du son hyper pros et ses musiciens hors pair. Avant cela, j’avais déjà enregistré aux États-Unis, à Nashville et Memphis, lieux légendaires pour les artistes, ou encore à Londres, à Woodstock. Chaque studio a évidemment sa particularité et ses qualités propres. Ce qui fait la grande force d’ICP, c’est que l’on peut tout y faire, sur le plan technique. John met à disposition un véritable magasin de jouets pour les musiciens qui peuvent laisser leur imagination travailler sans limite. » Dix-huit ans plus tard, Axelle Red reste impressionnée par la qualité du matériel, le professionnalisme de l’équipe, sa flexibilité et l’accueil de John, inégalable. « C’est un lieu où je me sens vraiment bien, au point que c’est quasiment un repaire. Ils m’ont connue enceinte, ont vu mes enfants grandir… la cuisinière sait même ce que je mange ! Même si j’ai mon propre studio à la maison et que j’enregistre aussi ailleurs, je continue à travailler avec eux, au gré des projets. Je peux même y passer pour dire bonjour, tout simplement, c’est une vraie petite famille ! John a créé un lieu incontournable dans le monde de la musique et nous, les artistes, avons contribué à bâtir ce studio légendaire, notamment par notre fidélité. ICP, c’est le mariage parfait entre ce qu’on a de mieux en Belgique et aux États-Unis : des professionnels pointus et un service à l’américaine très poussé. John a aussi l’intelligence de traiter tout le monde de la même façon, de mettre tout le monde à l’aise. Son studio fait partie du patrimoine culturel belge et international ! »

 

icp erwinErwin Autrique, ingénieur du son - “Je suis un grand gamin qui s’amuse"
Il travaille avec les plus grands depuis trente ans. Ingénieur du son plébiscité par de nombreux artistes, Erwin Autrique côtoie les monstres sacrés de la chanson. Pourtant, quand il arrive au rendez-vous, il est intimidé. « C’est ma première interview », sourit ce grand professionnel du son, qui n’aurait jamais pensé un jour avoir un tel bagage. C’est un coup de fil de John Hastry, en 1981, qui a changé sa destinée professionnelle : « Je remplaçais Phil Delire – parti au service militaire – au studio Morgan, adresse bruxelloise phare à l’époque, qui a fermé au début des années 80. John Hastry m’a proposé de faire un test chez lui. ICP faisait beaucoup parler de lui, c’était “the place to be” ! En trois décennies, j’ai assisté à toutes les étapes, les phases, j’ai véritablement vu le bébé de John grandir ! » Erwin et trois autres ingénieurs du son bâtissent sans le savoir une réputation dont le studio  jouit encore trente ans plus tard. Bien plus qu’un métier, c’est une passion profonde à laquelle il consacre sa vie. « D’ailleurs, de 1981 à 2009, j’ai travaillé trente jours par mois non-stop. La crise de 2009 a un peu changé la donne, le rythme est un peu moins dense », explique celui pour qui chaque projet avec un artiste est un nouveau défi. « Je prends tout très à cœur, avec enthousiasme, je suis convaincu que la bonne humeur s’entend sur un album. Je pense que chaque ingénieur du son amène sa touche personnelle. Je suis toujours très flatté qu’une maison de disques ou un artiste me choisisse. À 57 ans, je reste un grand gamin qui s’amuse ! J’arrêterai quand je serai sourd (rires). »

 

Yves Bigot, producteur-journaliste “Atmosphère et hospitalité sans pareil !"
Sa première visite au studio remonte à 1992-93, pour l’enregistrement de l’album Un cygne sur l’Orénoque de Marc Morgan. Pour Yves Bigot, ICP est l’un des plus prestigieux studios d’Europe continentale. « Peut-être le plus prestigieux ! C’est principalement dû à la notoriété des artistes qui y ont enregistré et à la réputation qu’ils lui ont faite auprès de leurs collègues. Cela commence avec les Anglo-américains (The Stranglers, The Cure, Little Steven, Echo and the Bunnymen, Orchestral Manœuvres in the Dark, Squeeze) et s’étend au monde francophone, avec Bashung, Noir Désir, La Mano Negra, Les Innocents, Lavilliers, Souchon, Murat, Jean-Louis Aubert, Vanessa Paradis, CharlÉlie Couture, Salvatore Adamo, William Sheller, Maurane, Mylène Farmer… J’y ai personnellement produit Claude Nougaro, Tanger et deux albums de Marc Morgan. » Pour l’actuel patron de TV5 Monde, cette présence des groupes anglais a été décisive. « Non seulement c’était la garantie de la qualité technique du studio et de son équipe, mais c’était aussi la possibilité de les y croiser qui pouvait faire rêver... Je ne suis pas certain que John savait qu’il allait réussir à ce point, mais c’était certainement son ambition », ajoute Yves Bigot. « Il existe beaucoup d’excellents studios très accueillants dans le monde, à New York, San Francisco, Los Angeles, Nashville, Paris, Londres. Chacun a sa personnalité, son style, son accueil. ICP tient son rang parmi eux. J’ai aimé habiter ce studio. C’est vraiment l’atmosphère détendue, chaleureuse, propice au travail qui n’en est jamais et l’hospitalité exceptionnelle de John qui font la différence, comme tous les instruments qu’il collectionne et avec lesquels les artistes font joujou… »

 

Benjamin Biolay, auteur-compositeur “Le meilleur studio du monde !"
Benjamin Biolay est un grand fidèle du studio ICP. Il y a enregistré la majorité de ses albums et y a produit d’autres artistes. « J’ai découvert le lieu via le groupe qui m’a aidé à me lancer dans la musique : L’Affaire Louis’ Trio, sur l’album L’Homme aux mille vies, en 1995. Mais je le connaissais évidemment de nom en lisant les crédits des disques. » L’artiste, qui enchaîne les succès et les collaborations, est séduit par l’endroit, avec lequel il entretient un lien fort. « Ma longue fidélité à ICP s’explique parce que ce sont de grands professionnels et de vrais amis, et parce que je ne connais pas de meilleur studio au monde ! Aucun amoureux de musique et de son ne pourrait y résister. C’est l’atelier idéal. » Pour lui, la valeur ajoutée de l’adresse bruxelloise
est d’ailleurs totale : « C’est entre la maison et le laboratoire. Il y a des milliers d’instruments, on s’y sent comme retiré du monde, qui souvent nous parasite. Le côté “famille ICP”, John en tête, me plaît aussi beaucoup. » L’artiste salue également la capacité de l’endroit de se renouveler
sans cesse : « Le studio reste toujours à la pointe de la technologie, malgré cet amour du vintage. J’y ai été
très heureux ! »

 

Nicolas Fiszman, musicien - “Je réalise le moindre fantasme musical !"

icp fiszmanQuand on le rencontre, il termine une tournée d’un an de 130 concerts avec Francis Cabrel et va en démarrer une autre avec Benjamin Biolay, avec lequel il travaille depuis 15 ans. Car Nicolas Fiszman a la double casquette : musicien de scène et de studio. « La scène est plus éphémère et permet la spontanéité, le studio, c’est plutôt une bulle. J’aime cette idée de fixer de la musique pour l’éternité et que la prestation soit la plus juste possible, par rapport au projet de l’artiste. » Et des projets, il en a mené des milliers à bien. Son passage chez ICP, alors qu’il n’a que 16 ans, marque un tournant dans son parcours : « Je participais à l’enregistrement du musicien de jazz Philippe Catherine. » John Hastry le repère. « Après cette session, j’ai rapidement fait partie des “musiciens maison” », se souvient celui qui est immergé dans la musique depuis qu’il est petit. « ICP permet de réaliser le moindre fantasme musical, grâce au matériel mis à notre disposition. Quand on enregistre aux États-Unis, on doit faire appel à une société de location », explique celui qui fait partie des meubles. « John a réussi à gagner la confiance de grands producteurs, réalisateurs, maisons de disques. » Pour Nicolas, le lieu a aussi été un déclencheur à un moment de
sa carrière : « Quand j’ai eu le privilège d’enregistrer avec Alain Bashung, j’ai compris avec lui ce qu’était mon métier de musicien de studio. J’ai mis mes automatismes et mon égo au placard pour me  mettre totalement au service d’une chanson. »

 

Phil Delire ingénieur du son “Une merveilleuse aventure professionnelle et humaine"

icp phildelireQuand il raconte son parcours chez ICP, « la grande aventure de sa vie », Phil Delire a les yeux qui brillent. Malgré sa réputation colossale sur le plan international, il parle avec énormément de modestie. « Personne n’est irremplaçable », annonce-t-il d’emblée. Arrivé chez ICP en 1985, il est un de ceux qui ont formé Erwin Autrique au studio Morgan, où il ne se plaisait plus vraiment. « J’avais envie de travailler plus dans le rock. John l’a su et m’a appelé, tout s’est enchaîné. J’ai commencé avec Noir Désir, puis j’ai travaillé avec Alain Bashung sur Osez Joséphine et Chatterton. Nous avons très vite formé une équipe soudée. J’ai tout de suite adoré l’esprit de famille chez ICP : John nous impliquait dans tout, nous faisions partie intégrante du projet, une merveilleuse aventure professionnelle et humaine. » La musique, Phil baigne dedans depuis qu’il est petit. « Mon père m’emmenait sur les tournages ou dans des studios de musique de film, c’était un univers magique ! J’étais émerveillé, je suis devenu assistant dans un studio dès ma sixième année de secondaire, j’apprenais petit à petit », explique celui qui voue sa vie au son depuis 42 ans, dont 31 chez ICP ! Convaincu que chaque ingénieur du son a sa patte, Phil Delire est surtout un amoureux des mots. « J’aurais adoré travailler avec Léo Ferré et qui sait, peut-être un jour avec un autre poète, Bob Dylan… », confie cette légende du son.

 

 

Manu Da Silva auteur-compositeur “Ce studio offre une liberté totale"
« Pour mon 5e album, en 2013, je me suis autorisé un défi assez fou, un des projets les plus ambitieux de ma carrière. Mon objectif : enregistrer une chanson par jour pendant dix jours d’affilée. Le  pari était risqué : soit ça marchait, soit c’était un échec cuisant. Les musiciens découvraient les titres le jour-même, sans avoir reçu aucune maquette avant. J’ai choisi ICP car je tenais à faire une immersion totale : ne pas rentrer chez moi le soir, tout donner à mon album. Arriver les mains dans les poches sans aucun stress ni parasite, un séjour dédié à 100 % à la musique. Depuis lors, c’est une addiction (rires) : j’y travaille autant que je le peux. J’ai franchement redécouvert, aussi bien comme chanteur que comme réalisateur pour d’autres artistes, l’insouciance du studio. D’un coup, j’avais 14 ans, j’étais un ado qui ne lâche rien, qui fait son truc à fond. ICP offre un espace de liberté totale, le matériel est incroyable, les ingénieurs du son  et les musiciens ont des compétences remarquables, et puis, il y a “l’esprit John Hastry”, inimitable. Il n’a qu’une phrase à la bouche : “Pas de problème !”. Je ne caricature pas : il se met totalement au service des artistes. C’est très agréable de travailler dans de telles conditions, avec une très grande qualité de vie quotidienne. Pour moi, ça a été un coup de foudre professionnel, assorti d’un coup de cœur pour Bruxelles. J’y enregistre d’ailleurs
mon nouvel album qui sortira en mars ! »

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