Le tram du littoral, quelques heures de liberté

Paru dans JV n°25 | Texte : Sophie Dauwe, Photos : S. Dauwe & Jean-Jacques Serol

Le tram du littoral, quelques heures de liberté

La Côte belge est un phénomène unique : mélange étrange d’aberrations urbanistiques et de perles architecturales, c’est un no man’s land où toutes les communautés linguistiques s’entremêlent dans une joyeuse bonhomie bien au-delà des transhumances estivales…

Sur un peu plus de 60 kilomètres s’égrène un chapelet de stations balnéaires. Chacune avec son âme singulière, ses habitants du cru et ses vacanciers fidèles...Mais aussi dissemblables soient-elles, toutes ont en commun un tramway nommé « Kusttram ».

Depuis Adinkerke, au-delà de La Panne à quelques dunes de la frontière française, il chemine sur 67 kilomètres jusqu’à Knokke, aux portes de la Zélande. C’est tout simplement la plus longue ligne de tram du monde !

L'histoire du tram du littoral 

Son histoire est presque aussi vieille que la Belgique elle-même et reflète un large pan de sa mémoire.

En 1830, le pays déjà doté d’un bon réseau de chaussées et de voies navigables, mise pour son avenir économique sur le développement ferroviaire. Les trains d’abord, puis les trams, plus légers et faciles à aménager vont très vite relier les villages et permettre aux gens de se rendre à leur travail.

À la fin du XIXe, la Côte n’alterne encore que dunes, plages et petits villages de pêcheurs abrités à l’intérieur des terres. C’est la Mer du Nord que chante Jacques Brel avec quelques églises, beffrois, phares sur les hauteurs et moulins à l’intérieur des terres des Polders. Nieuport, Blankenberge et d’autres bourgs ont bien sûr leur plage et quelques roulottes permettent aux gens de la “haute“ de prendre les bains. Mais le simple bon air est alors plus vital à la détente qu’une vue sur les flots gris et les premières belles villas de nantis se dressent au coeur des villages.

En 1865 monte sur le trône Léopold II, le roi bâtisseur, décidé à faire d’Ostende la Reine des Plages. Il tracera l’avenue royale (Koninklijke Baan) longeant la mer et ordonnera la construction de digues en pierre, de brise-lames et d’estacades. Ce faisant, il visualise la Côte comme une vaste agglomération traversée d’un immense boulevard accessible à tous par ce qui est aujourd’hui toujours « le tram du littoral ».

En 1885, le premier tram à vapeur s’élance entre Ostende et Middelkerke.

Deux ans plus tard , il relie déjà Nieuport à Blankenberge et son succès est tel que le nombre de voitures est décuplé. Partout où passe le tram, le standing des stations monte. L’électricité arrive dès 1897 mais les tronçons sont morcelés. Voitures tirées par des chevaux, à vapeur et électriques ; voies uniques puis voies doubles ; tout coexiste jusqu’en 1914.

Martyrisé pendant les deux guerres mondiales, le tram continuera pourtant à acheminer troupes, ravitaillements, blessés et munitions.

Il survivra à la crise des années 30 et à l’avènement de l’automobile, puis à ceux qui cherchaient son démantèlement dans les années 70.

Aujourd’hui, plus célébré que jamais à l’ère du développement durable, le Kusttram transporte chaque année 13 millions de passagers. Écoliers, retraités, adultes se rendant au travail, vacanciers explorant les sentiers de randonnées ou revenant de leur shopping, avec valises, surfs, cerfs-volants et bicyclettes. Tout et tous se croisent sur ce théâtre de vies, cette magistrale colonne vertébrale du littoral belge…

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