La maison Costermans

Paru dans JV23, février-mars 2011 | Texte : Viviane Eeman

La maison Costermans

 

Elle a l’âge de la Belgique, à quelques années près. Créée en 1839 par deux frères, l’un ferronnier et l’autre décorateur, la maison Costermans naît chaussée de Ninove. En 1850, les deux complices conçoivent ce qu’on a appelé « Le Merveilleux », un petit poêle en forme de coquille qui va connaître un très grand succès et glaner des prix jusqu’en Australie. Le début de la notoriété.

Le plus extraordinaire reste que ces ateliers existent encore et sont toujours en activité. C’est là qu’ont été restaurées les 540 grilles du Parc Royal ou les structures métalliques de la verrière trilobée de l’hôtel Max Hallet. Là aussi que s’achève l’énorme chantier de la rénovation de l’hôtel Saint-Cyr construit par un élève de Victor Horta. La vitrine elle, est au Sablon dans un bâtiment classé depuis 2002.


Salons d’exception

 

Ici le temps s’est arrêté. Lustres, miroirs, mobilier, cheminées, ferronnerie, le XVIIIe siècle a pris possession de ce bel hôtel de maître érigé à cette époque pour des Français et repris par la maison Costermans dans les années 50.


Rassemblé autour d’une grande cour intérieure, l’ensemble qui comprend une orangerie et d’anciennes écuries et selleries, inclut aussi deux petites maisons « espagnoles » datant de 1644 rescapées d’une ruelle qui traversait le bâtiment (alors inexistant) pour remonter vers la place Royale. C’est dans l’une d’entre elles que l’on a retrouvé enfoui sous une dizaine de couches de peinture, un petit bijou de plafond recouvert de fresques à l’italienne.

Mais ici, c’est au détour de chaque porte et de chaque couloir que les anecdotes s’égrènent.

Au sommet des majestueux escaliers, pris pour cadre par Gérard Corbiau dans son film, « Le Maître de Musique », les salons sont encore d’époque et sont loués à l’occasion. On peut toujours y voir ces papiers de riz chinois qu’un décorateur de la Maison Blanche ambitionnait de décrocher pour les Kennedy. Peine perdue, ils ne quitteront pas leur contexte.

Au deuxième étage, c’est l’appartement dédié à la Martinique qui retient l’attention, avec ses murs peints par le petit-fils de Victor Horta qui d’évidence n’y avait jamais mis les pieds. Reste l’atmosphère, exotique et coloniale encore renforcée par un romantique piano-forte XVIIe.

Ailleurs, c’est une pièce Haute Époque qui livre ses secrets autour d’une cheminée Renaissance et d’une tapisserie exécutée d’après un carton de David Teniers.


Collectionneurs dans l’âme

 

Derrière ces murs, on trouve surtout l’histoire d’une famille de collectionneurs dont les passions constituent aujourd’hui un patrimoine d’exception parce qu’ils ont tout conservé.

Les serrures, par exemple, mais aussi plus de 800 plaques de fonte et pas moins de 200 lanternes qui servent de modèles aux pièces reproduites à l’identique et réalisées à l’ancienne sur place dans les ateliers où l’on façonne le cuivre et le bronze et où s’exerce le minutieux travail des patineurs.

Et que dire des caves qui courent sous toute la surface du bâtiment et recèlent leur part de trésors oubliés comme ces milliers de carreaux de Delft, rangés par couleurs et par époque.

Un monde fascinant qui ne demande qu’à sortir de l’ombre.


Une relève assurée

 

Descendant d’une lignée d’antiquaires et de politiciens parmi lesquels on compte deux ministres, les enfants épaulent leur père Marc-Henri Jaspar Costermans.

Valérie, juriste, gère les affaires tandis qu’Arnaud qui a étudié l’histoire de l’art parcourt le monde à la recherche de pièces d’exception. « La demande porte actuellement sur un mobilier de qualité à intégrer dans des ambiances différentes. Il n’a plus comme vocation de meubler, mais devient objet d’art. » Dans cet esprit, il confiait dernièrement les vitrines à Gérald Watelet pour une réinterprétation des collections.

 


Costermans

5 place du Grand Sablon
1000 Bruxelles
Tél : +32 (0) 2 512 21 33.
mail : info@costermensantiques.com
Site : costermans-antiques.com

 

 

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