Le fil de l’histoire : la passementerie De Backer

Jeudi 19 avril 2012 | Texte : Viviane Eeman
Une partie de la cour intérieure donnant sur les ateliers où exercent un fileur, un tisserand et une passementerie

En plein coeur du quartier des Marolles, la maison de passementerie fondée par Paul De Backer a 112 ans. De ses ateliers aux métiers séculaires sortent toujours ces petites merveilles qui font le bonheur des belles demeures.



La rue des Capucins – une des perpendiculaires à la rue Blaes bien connue pour ses nombreux magasins de décoration et d’antiquités – recèle

une adresse toute particulière et plus que centenaire. Celle d’un artisanat privilégié et presque disparu, la passementerie, ou l’art des galons, des glands, des cartisanes et des guipures, des floches, des pampilles et de leurs jasmins, des franges, tissées, tressées, qui ornent avec tant

de raffinement rideaux et coussins voire l’habillement. Si l’extérieur ne paie pas de mine, une fois la porte franchie, c’est une ravissante petite cour intérieure ombragée d’un érable, qui s’offre aux regards. Elle est entourée du magasin et des ateliers. L’enseigne y est encore, qui accroche le regard: « Paul De Backer et Fils – Passementerie – 1896 ». Le plus étrange ici, c’est que depuis cette époque, rien n’a changé. Quatre générations sont passées. Le nom est resté même si la propriétaire est nouvelle. Christiane Gierst (associée à l’époque) a repris l’affaire depuis huit ans. En 2000. Elle a étudié à l’Académie des Beaux-Arts, à Bruxelles. Un bon bagage surtout pour la recherche des couleurs, essentielle dans ce métier.

 

De la passementerie militaire

 

Véritable musée, le petit magasin livre ses trésors scrupuleusement gardés au fil des ans dans les nombreux tiroirs, les boîtes entassées et les armoires vitrées. Un vivier, un message à livre ouvert très souvent consulté par Christiane qui y puise bon nombre d’idées. Sur le comptoir, pêle-mêle, de grandes bobines de fils côtoient des franges et des cocardes. Cocardes pour lesquelles elle a dû faire appel à un « plisseur pour dames », plus habitué de la haute couture que des galons. C’est que depuis deux ans, Christiane a développé un tout nouveau secteur axé sur la passementerie militaire. Une clientèle à laquelle on ne pense pas directement, mais qui concerne tout de même 4000 personnes dans le monde qui participent aux reconstitutions historiques* en habits d’époque. « Je travaille surtout le galonnage pour les Français, confie-t-elle. En France, malheureusement, plus personne n’en fabrique. Ils sont venus avec leurs anciens modèles que nous sommes parvenus à reproduire à l’identique. » La période est propice. Nous sommes en plein bicentenaire napoléonien jusqu’en 2015. Le fleuron ? Un galon tout à fait exceptionnel dont Geert Demeyst, le tisserand, est arrivé à « encoder » le modèle sur cartes jacquard. Une véritable prouesse et des heures de patience. C’est celui de l’uniforme de trompette (livrée impériale au règlement de 1812) qui contient à la fois le N de Napoléon et l’aigle. Par uniforme, il y a 15 mètres de galon ! Une activité qui, avec les culs-de-dé en fils mi-argent et mi-or ou le bâton or pour lequel les demandes affluent, lui permet de faire tourner les métiers lorsque l’ameublement a un petit creux.

Immuables, les ateliers

Dans les 1000 m2 de cet atelier en forme de « U », 25 tisserands travaillaient auparavant. Aujourd’hui, il y a trois personnes. Mais les machines, elles n’ont pas bougé. Y compris celles inventées par Paul De Backer et qui, sorties de la poussière des greniers, fonctionnent encore parfaitement. Autour du poêle Godin, ourdissoirs, cantres, dévidoirs, moulins, rouets, métiers à tisser et métiers jacquards d’origine française et allemande, en magnifique bois sombre patiné composent un paysage hors du temps. « Elles réalisent des galons uniques, qui n’ont rien à voir avec l’industriel. Le rendu n’est pas pareil. Il y a un apport de fils différents. Le tissage non plus n’est pas le même. Ici, nous pouvons aussi tisser à la main ce qui ne se fait plus», argumente Christiane. Aux murs pendent de grands colliers de cônes, de melons, de cuvettes dont le vocabulaire particulier indique les moules en bois d’un gland. Dans les grands bacs, côte à côte, les bobines de fil en jolis camaïeux ajoutent leur note colorée. Christiane, qui a dû apprendre le fonctionnement de chacune des machines, est occupée à réaliser un câble. Elle passe et repasse avec, à la taille, une palette sur laquelle sont fichées des bobines de couleurs différentes tandis que Joelle Maison, française par sa mère – passementière – et mariée à un Belge, ici depuis 30 ans, coupe avec dextérité la jupe d’un gland à la main. Tout est dans le coup d’oeil. Des gestes éternels mais un travail toujours différent qui ira enrichir belles demeures, musées, châteaux et palais. Ces ateliers sont aussi uniques par le fait qu’ils fournissent du sur mesure dans de toutes petites quantités, ce que plus personne ne fait. Pareil pour les échantillons qu’ils s’efforcent de produire. « Une vraie folie, ajoute Christiane. Je le fais parce que je voudrais que cette activité perdure et que je trouve ma récompense dans la reconnaissance des clients. »

 

Adresse : 13, rue des Capucins
1000 Bruxelles
Téléphone : +32 (0)2 512 56 55
Site : www.passementerie.be
E-mail : passementerie.de.backer@telenet.be
Jours & heures d'ouverture :
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Jeudi
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Samedi
Dimanche

9:00 - 15:30
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