Fabienne Delvigne

Paru dans JV 43 | Texte : Laurence Pinaire, Photos : Frédéric Raevens
(c) Frédéric Raevens

 

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Fabienne Delvigne a été élue "Personnalité de la mode belge" par les internautes lors des Victors 2015 ! 

 

 

 

 

 

 

Rien ne prédestinait Fabienne Delvigne à s’approprier ce métier si singulier. Elle a toujours adoré les chapeaux mais son milieu social, à mille lieues du monde artistique, la pousse plutôt vers des études commerciales. Son diplôme en poche, elle intègre une multinationale en tant que cadre marketing. C’est en feuilletant régulièrement des revues de mode que Fabienne découvre sa nouvelle vocation.

Peu importe les conventions sociales, elle aime les défis et décide de se lancer dans le chapeau. Ne possédant aucune prédisposition particulière pour ce métier, elle y entre par la petite porte. L’apprentissage se révèle ardu. Il faut chercher les derniers ateliers de modistes qui travaillent pour les grands couturiers belges. L’un d’entre eux l’accepte comme ouvrière. Fabienne y apprend les techniques de fabrication pendant quelques mois puis peaufine sa formation dans un autre atelier d’accessoires pour chapeaux.

Ses professeurs sont des modistes très expérimentées qui, comme elle, ont le plus souvent démarré en bas de l’échelle. A leur propos elle se montre très élogieuse. « A l’époque, le métier de modiste était exercé par de grandes dames d’un certain âge, d’ailleurs cette appellation a un côté désuet mais c’est un travail à la fois très minutieux et créatif. » Imaginative, Fabienne l’est depuis toujours. Son initiation achevée, elle crée ses propres modèles et les arbore lors de ses nombreuses sorties mondaines. Le bouche à oreille fera le reste. Elle a 23 ans et les premières commandes affluent.

Précision et inspiration

A écouter Fabienne, on devine sa passion pour ce métier. La fabrication d’un chapeau peut lui prendre de deux jours à un mois et demi, tout dépend du modèle. La matière choisie, la façon de la travailler, la forme, les ornements conditionnent le temps de réalisation. Son atelier regorge de jolies boîtes pleines de rubans, tissus, accessoires divers. En nous montrant comment transformer un bout de tissu en belle rose qui viendra parer une de ses créations, on saisit combien ce travail est minutieux.

Cette technique, elle la tient d’une fleuriste plumassière qui lui a appris à travailler la fleur artificielle. L’inspiration lui vient d’ailleurs souvent du monde végétal qu’elle affectionne particulièrement. Beaucoup de chapeaux s’inspirent de fleurs et leurs matières proviennent généralement de fibres naturelles. La fibre de banane, la soie et l’abaca sont ses matériaux de prédilection. Elle puise aussi ses inspirations dans l’Art contemporain et évidemment dans la mode. Quand on l’interroge sur la définition de la profession de modiste, sa réponse est claire : « Je me situe entre le sculpteur et l’architecte, le premier pour la création du modèle, le second pour la façon de travailler la matière et l’équilibre du tout. Car dans un chapeau tout est question d’harmonie. »

Ses coiffes ne quittent pas l’atelier sans être passées sur sa tête. Fabienne conçoit deux collections par an, l’une couture et l’autre plus trendy constituée de modèles à porter tous les jours. Une large gamme de prix oscille entre 100 € et 1.000 € mais toute la fabrication est artisanale. On est loin du produit made in China vendu 15 €. Deux petites collections de bijoux et de sacs complètent l’offre, « un chapeau donne du volume et le bijou harmonise l’ensemble ». Pour le reste elle s’adapte aux désirs des uns et des autres. On pénètre ici le monde de la haute couture, le sur-mesure. 70 % des clientes sont Belges. Avec les clientes internationales elle travaille souvent sur photo ou se déplace à l’occasion de grosses commandes.

A l’écoute du modèle

Fabienne aime avant tout le contact personnalisé avec la cliente. Elle s’y intéresse, étudie sa manière d’être, sa démarche et essaye d’imaginer le chapeau qui conviendra le mieux. Le but est de sublimer son modèle. C’est pourquoi elle a choisi de ne pas ouvrir de boutique et reçoit sur rendez-vous dans le petit salon attenant à l’atelier. Contrairement aux idées reçues, tout le monde a une tête à chapeau, il faut juste trouver celui qui convient. « Je cherche à faire ressortir la singularité de la personne. Le chapeau doit être aérien, élégant. Rien de pire que de porter le mauvais chapeau, l’effet voulu est complètement raté. »

Son métier l’amène à participer à des moments de vie, mariages, cérémonies diverses, enterrements, tous ces moments d’intimité où les visages parfois se dévoilent. Un chapeau ne protège pas simplement de la pluie ou du beau temps mais aussi des émotions.

La cliente est reine

A propos de son statut de fournisseur breveté de la cour de Belgique, Fabienne reste très discrète. On apprend juste que la reine Mathilde portait un chapeau en soie et abaca pour son couronnement, ou encore qu’à l’aube de sa carrière, telle une prémonition, elle se voyait déjà chapeauter la future reine Paola aucunement destinée à régner. à regarder les rubriques consacrées au gotha dans les magazines, on découvre ses coiffes sur les têtes couronnées des Pays-Bas, Suède et Luxembourg. Même si elle l’avoue, « la cour de Belgique m’accorde sa confiance depuis seize ans et je lui voue une grande reconnaissance », Fabienne aime toutes ses clientes, de la reine à la plus modeste, et leur consacre toute son énergie. Mère de quatre enfants, elle exerce son métier avec passion et ne compte pas ses heures. « Je veux surprendre avec perfection, et la notion de rêve est très présente dans mon travail. »

« Déclinaisons futures »

A la question « comment vous voyez-vous dans dix ans ? », elle répond : « le contact humain et la création me sont juste indispensables. » Sa notoriété lui ouvre désormais de nouveaux horizons. Avec la marque française de sacs 727Sailbags, elle s’apprête à lancer des modèles aux couleurs acidulées en toile de bateau qui seront vendus sur son site internet et chez les distributeurs de 727Sailbags au Benelux. Travailler en collaboration étroite avec un grand couturier, Armani est son préféré, ne lui déplairait pas non plus. Et pourquoi ne pas décliner son savoir-faire vers d’autres univers du luxe ? Mais tant qu’elle s’amuse et relève des défis, Fabienne continuera à créer des chapeaux. Elle conclut d’ailleurs : « on devrait avoir autant de chapeaux que de paires de chaussures ».

Fabienne Delvigne (Sur RDV)
8 rue André Fauchille
1150 Bruxelles
tél : 02 735 90 41
info@fabiennedelvigne.com
site : fabiennedelvigne.be.

 

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