Juliette & Victor n°2 - Vous les Français de Belgique

Vendredi 30 mars 2012 | Texte : Francine France avec Brigitte Forgeur et Muriel Gauthier

 

Je, tu, vous, ils... sont 160.000 Français au Royaume de Belgique. La communauté française la plus importante, juste après les Italiens.

Habiter un pays dont la langue, le mode de vie et la mentalité sont proches des vôtres est bien évidemment un avantage apprécié par l’ensemble des Français. Au cours de notre enquête, ils n’ont cessé de mettre en avant la façon dont ils ont été accueillis, aussi bien à titre personnel et professionnel. Ils ont montré qu’ils savaient s’inspirer du pragmatisme ambiant et de l’ouverture sur le monde. Bref, des Français qui feraient mentir leur réputation de peuple chauvin.


Qui sont réellement les Français qui vivent en Belgique ? Les médias hexagonaux et belges n’en finissent pas de commenter l’installation de ces familles qui viennent profiter de la douceur du climat fiscal belge. Si l’on en croit les évaluations du Sénat, chaque jour, un foyer français arriverait dans le royaume pour cette raison. En conclure que les 160 000 Français qui résident en Belgique sont des immigrés fiscaux serait pourtant exagéré. Quelques médiatisés, minoritaires, brouillent la véritable image de cette communauté – la plus importante en Belgique après les Italiens – où se mêlent les âges, les situations sociales et professionnelles, les résidents de courte durée, les étudiants, les doubles nationaux, les frontaliers… Bref, toute une société en miniature qui mène sa vie, à moins d’une heure et demie de Paris, dans un pays qui, tout en possédant la même langue, a son identité propre, beaucoup plus complexe et subtile qu’on veut bien le dire en persistant à croire que la Belgique serait un ersatz de France outre-Quiévrain. 

Capitale de l’Europe oblige, 3 000 Français, soit un dixième des fonctionnaires européens, travaillent pour l’une des trois grandes institutions basées ici : la Commission, le Conseil desministres, et le Parlement européen. Ce sont les membres d’une tribu qui communiquent entre eux dans un sabir (le plus souvent à base d’anglais), l’eurolangue. Et parce qu’il faut s’adapter à la façon de penser de chacun, ils sont devenus des as de l’art du compromis. « C’est très tendance de dénigrer les fonctionnaires européens, mais je dois dire que j’ai rencontré chez la plupart d’entre eux un vrai sens de la responsabilité », confie l’un d’entre eux. Et de rappeler qu’à tous les échelons ce sont des équipes très réduites, de trois à cinq personnes, qui abattent un travail qui correspond souvent à celui d’un cabinet ministériel. L’élargissement a occasionné bien des changements : il a fallu faire de la place pour les nouveaux membres. Conséquence : le nombre des Français a diminué en proportion. Contrairement aux diplomates ou aux personnels des ambassades en poste pour trois ou quatre ans, beaucoup de fonctionnaires font leur vie ici. Les mariages entre collègues de pays différents sont monnaie courante. Ils envoient leurs enfants au Lycée français ou dans le système belge et, à l’heure de la retraite, même s’ils possèdent un appartement ou une maison en France, ils restent pour la plupart en Belgique. Certains, nommés à l’étranger, reviennent lorsqu’ils cessent leur activité, en raison notamment des prix attrayants de l’immobilier.

Pour les politiques ou les personnels nationaux détachés, la donne est différente. Ils travaillent toute la semaine et rentrent dans leur famille le week-end. Pas facile dans ces conditions departager l’existence des Belges… et des autres. Lorsque Denis Huet, aujourd’hui la quarantaine, pose ses valises en 2000 dans un appartement en location, il est détaché comme expert à la disposition de la Commission, avec retour programmé trente-six mois plus tard. Sa nomination à Eurocontrol peu après a tout chamboulé. Il ne repartira que lorsque cet organisme aura réussi à harmoniser le contrôle aérien de l’Europe. Et cela peut prendre un certain temps… Dans le jardin de sa maison, dans une commune flamande, les trois enfants, entre 5 et 10 ans, n’en finissent pas d’épuiser leur énergie. Ils vont à l’Ecole européenne (payée par Eurocontrol) :

« C’est une façon de baigner dans le même milieumulticulturel que moi, cela les rend plus ouverts, explique-t-il. Les enfants sont un bon vecteur d’intégration. On fait la connaissance d’autres parents d’élèves, on se rencontre au tennis, au golf, à la leçon de piano de l’aîné. » 

Un seul hic : sa femme et lui passent du temps en voiture. La verdure et l’espace sont à ce prix.

Parmi les satellites qui gravitent autour des institutions européennes, les lobbyistes sont installés en nombre. Ils sont les « interprètes » entre l’industrie et les législateurs européens, dixit Maryke Lefebvre-Hanneman, qui n’a jamais envisagé de faire autre chose. « En France, c’est presque un gros mot », ajoute-t-elle. Après l’Italie et Londres, elle s’installe enfin à Bruxelles, en 2001. Elle y crée sa société, LHC, où elle défend, entre autres, les intérêts du jouet. Même si la « vibration » londonienne lui manque et même si elle estime que les coûts sociaux belges tuent l’emploi, elle se sent bien ici. Lobbyiste parmi les lobbyistes, elle est au milieu de gens qui, pour une fois, lui ressemblent :parlant six langues, hyperdiplômée, née Hollandaise, Française par mariage, élevée en anglais à l’étranger, ayant bourlingué dans le monde entier. A l’heure de l’élargissement, elle s’interroge sur le devenir de sa profession : « Il faut réinventer la structure des entreprises, assure-telle, et privilégier la communication entre indépendants plutôt que de créer de lourdes hyperstructures à l’américaine. »

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