Choisir son banquier privé

Paru dans JV 16 - décembre/janvier 2010 | Texte : Frédéric Lejoint

 Paru dans JV16, déc-janv. 2010

 

Choisir un banquier privé n’est pas chose aisée.

 

 

La crise a d’ailleurs démontré que des risques existent, et que le particulier devrait suivre l’évolution de son patrimoine aussi attentivement qu’il suit les affaires de son entreprise.

La Belgique fait souvent office de paradis fiscal pour les clients fortunés étrangers, dont les ressortissants français, notamment en raison d’une absence de taxation sur les plus-values mobilières (actions, obligations, etc), et également par l’absence d’impôt sur la fortune.

 

Devenir client d'une banque privée : les critères

 

Il faut en règle générale compter 1 million d’euros en patrimoine mobilier (hors immobilier). Mais cette barre n’est pas uniforme, et certains banquiers accepteront de baisser le seuil jusqu’à 500.000, voire 250.000 euros si le portefeuille du client présente de bonnes perspectives de croissance à moyen terme.


Beaucoup de banques privées en Belgique

 

Le monde de la Banque Privée belge est devenu relativement surpeuplé ces dernières années, notamment avec l’arrivée de nombreux expatriés fiscaux.

De nombreuses banques françaises se sont ainsi installées en Belgique, comme BNP Paribas, la Société Générale ou encore la Banque Transatlantique.

Le paysage reste toutefois dominé par les grandes institutions belges et étrangères, les premières étant plus présentes dans les régions tandis que les secondes opèrent davantage à partir de Bruxelles ou d’Anvers.

Enfin, il y a également quelques acteurs de taille plus modeste et indépendants (Banque Delen, van Lanschot, Puilaetco Dewaay, Banque Degroof), avec qui les contacts seront souvent plus directs et informels, sans que la qualité ou le rendement ne soit souvent inférieur à celui réalisé par les plus grandes institutions.

Conseil : voir plusieurs banques avant de faire son choix, afin d’en trouver une qui corresponde à vos besoins et à votre philosophie patrimoniale... En effet, les banquiers privés vous promettront souvent monts et merveilles pour vous attirer chez eux.

 


Deux types de gestion privée

 

Le client qui confie son argent à un banquier privé belge aura le choix entre deux types de gestion : conseil ou discrétionnaire.

En gestion conseil, le client reçoit les conseils de son banquier privé, mais conserve la décision finale en vue d’investir ou pas. Le rôle du banquier se limite donc à du conseil.

En gestion discrétionnaire, le banquier privé établira un profil de risque du client en sa compagnie, qui dépendra de l’âge, de la structure familiale, de la composition du patrimoine, et de l’aversion au risque du client (entre autres critères ). Sur cette base, le portefeuille du client sera géré de manière autonome par les spécialistes de la banque.

 

Des frais sur mesure

 

Pour ce qui est des frais, la tarification se calcule généralement sur la base de l’ensemble des actifs gérés, et ces tarifs sont dégressifs en fonction du montant des actifs. En clair, plus le patrimoine mobilier est important, moins les frais seront élevés. La tarification de la gestion conseil sera en outre souvent plus chère que la gestion discrétionnaire, vu que le portefeuille sera géré de manière moins standardisée.

Pour donner des chiffres précis, les choses se compliquent, certaines banques ne pratiquant pas un tarif précis pour leurs services. Le principe du sur mesure est donc valable aussi pour les tarifs. Il faudra en général compter sur une commission de gestion annuelle tournant entre 0,3 et0,8 % du patrimoine sous gestion auquel il faudra ajouter 0,1 % pour les droits de garde, voire également des commissions pour des opérations financières qui seraient réalisées. Enfin, certaines banques proposent un service « tout compris », qui comprend l’ensemble des commissions précédentes.

 

Droits d'entrée et de sortie


Outre les frais, il faudra compter les droits d’entrée et de sortie en cas d’investissement dans des fonds communs de placement.


Le contexte : la perte de confiance

Comme un peu partout en Europe, le secteur de la Banque Privée a subi d’importants revers l’année dernière en raison de la crise financière, en particulier sur les portefeuilles qui étaient fortement investis sur les marchés boursiers. Même si les marchés ont bien remonté depuis leur plus bas niveau de mars 2009, les particuliers qui sont sortis de leur profil « agressif » en actions dans le courant du mois de mars se trouvent avec un patrimoine investi qui a abandonné plus de 20 %, sans espoir à court terme de remonter la pente.

Il y a clairement eu une perte de confiance entre certains clients et certaines institutions, et, même si aucun banquier privé ne l’avouera ouvertement, de nombreux clients ont changé d’institutions suite à la crise. Une étude du cabinet PricewaterhouseCoopers souligne les manquements constatés lors de la crise. « Les clients ont le sentiment que les banquiers privés ont parfois placé leurs objectifs à court terme avant les intérêts de leurs clients. » PWC souligne également un certain manque de transparence, et des portefeuilles qui n’étaient pas investis de manière équilibrée, avec des clients qui se sont parfois retrouvés avec des portefeuilles de produits devenus difficilement revendables. « Les clients sont devenus beaucoup plus exigeants, et demandent plus de simplicité et de transparence. Ils veulent notamment comprendre précisément dans quoi ils ont investi. » La solution passera nécessairement par un recentrage des activités des banquiers privés vers leur mission de conseil et de protection du patrimoine des clients.


Le Family Office


La plupart des banquiers privés vous diront que la gestion d’actifs financiers n’est pas le seul service qu’ils offrent à leur client, mais que cette gestion rentre généralement dans le cadre d’une approche globale du patrimoine, en particulier au niveau de la gestion des aspects liés à la succession, et donc l’optimisation du patrimoine en vue de minimiser les ponctions fiscales lors du décès.

Dans le même ordre d’idée, on note le développement en Belgique du concept de Family Office depuis quelques années. Le principe est d’avoir un intermédiaire indépendant entre le client et les banquiers, qui dirige le client vers un banquier privé qui répondra à ses attentes. Le but du Family Office est de reprendre à son compte le rôle de conseil successoral occupé par le private banker, en vue de ne suivre que les objectifs du client. On comprend que dans les circonstances actuelles, ce concept ait le vent en poupe. Les private bankers voient d’un mauvais oeil l’apparition de ces nouveaux intermédiaires, mais du point de vue du client, c’est probablement une évolution positive.

Deux bémols toutefois:

- Premièrement, le métier de Family Office est relativement neuf en Belgique, et de nombreux « Family Office » ne répondent pas toujours aux critères d’indépendance souhaités.
- Deuxièmement, le ticket d’entrée pour un vrai Family Office est souvent assez élevé, et il ne s’adresse donc qu’aux clients ayant un patrimoine mobilier très important (supérieur à 10-15 millions d’euros).

 

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    Lorsque le Français s’active, on dit qu’il est «en train de» faire quelque chose. Le Belge, lui, est «occupé à» faire quelque chose.

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    On sait le goût de nos amis belges pour les anglicismes dont on nous dit qu’ils sont la conséquence de la coexistence non pacifique des deux langues majeures du pays.