Le Cimetière d'Ixelles

Paru dans JV 47 - Février-Mars 2015 | Texte : Marie Delloye, Photos : Corentin Van Den Branden

L’esprit universitaire de ce quartier et sa localisation entre ville et forêt attirent un mélange de familles, étudiants et retraités.

 

Aujourd’hui connu de tous les Bruxellois comme étant le « siège » de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), le quartier du Cimetière d’Ixelles n’en est pas moins riche en diversité, qu’elle soit sociale, culturelle, ou même commerçante… Centré autour du rond-point du Cimetière d’Ixelles, situé aux portes de celui-ci, le quartier est délimité par l’avenue de la Couronne, le boulevard Général Jacques, l’avenue Franklin Roosevelt et au sud, par le quartier de Boondael, qui s’étire jusqu’à la limite de la commune de Watermael-Boitsfort.

 

 

 

Histoire : terrain de chasses impériales

Les premières traces écrites d’Ixelles datent du XIIIe siècle. Après les faveurs de Charles Quint (vers 1520) pour cette région boisée privilégiée de ses chasses impériales, ce n’est que vers le milieu du XIIIe siècle qu’Ixelles devient un vicomté et est rattachée à la seigneurie de Boondael. Durant le XVIIe et le XVIIIe siècles, Ixelles, pas encore reliée à Bruxelles, est exempte des accises sur la production de bière. Elle développe par conséquent un véritable savoir-faire en la matière et voit le nombre de brasseries quadrupler entre 1644 et 1718 où elle en compte désormais 20. Sous le régime français, Ixelles devient une municipalité (31 août 1795) qui rassemble désormais le haut-Ixelles, le bas-Ixelles et la seigneurie de Boondael.

cimixelles-022Vers les années 1900, Boondael était une des régions privilégiées pour les maisons de campagne de bourgeois Bruxellois ! Un changement de réputation qui doit sa réussite à la création du Bois de la Cambre en 1862, et à l’arrivée du tramway à vapeur en 1883 et aux travaux d’urbanisation des chemins et routes alentours comme la chaussée de Boondael, le boulevard Général Jacques, tracé entre 1885 et 1887, et l’avenue Adolphe Buyl (ancienne rue du Solbosch) qui voient les premières maisons mitoyennes se construire sur leurs abords dès 1900.

Erigé en partie sur le « plateau du Solbosch » où l’université a construit ses principaux bâtiments, le quartier a connu un grand essor avec l’organisation de l’Exposition universelle de 1910 installée grosso modo sur le site de l’actuelle ULB. Grâce à cet événement mondial qui amena plus de 27.000 exposants et quelque 13 millions de visiteurs, le système des trams s’est beaucoup développé à cet endroit et l’urbanisation a nettement augmenté juste après l’Exposition. En témoigne la construction de l’avenue des Nations (actuelle avenue Franklin Roosevelt), véritable épine dorsale de l’Exposition. Dix ans plus tard en 1920, c’est la jeune université qui investissait les lieux… pour ne plus les quitter.

A cette époque, le cimetière d’Ixelles était déjà implanté dans le quartier. Construit en 1877, sa parcelle de 1,82 hectares avait été achetée à la famille Wielemans pour en faire le nouveau cimetière d’Ixelles. On y trouve aujourd’hui en plus d’un cimetière militaire, un grand nombre de personnalités connues des Belges, entre autres : Antoine Wiertz, Victor Horta, Constantin Meunier, Charles De Coster, Camille Lemonnier, et bien d’autres encore. On peut s’y promener à l’abri du trafic du quartier, et y suivre des guides qui raconteront quelques anecdotes et présenteront les tombes les plus marquantes.

Populaire et transgénérationnel

Le quartier du Cimetière d’Ixelles est unique à Bruxelles. Il suffit de s’y promener, de traverser l’avenue de l’Université ou de longer le rond-point du cimetière, puis les logements sociaux Volta 1 et 2, pour y découvrir toute sa variété, et son caractère typiquement bruxellois. Véritable brasseur de générations et de cultures, le quartier est investi à la fois par les étudiants et leurs « kots » festifs, mais aussi par les personnes âgées qui y apprécient les appartements spacieux et ensoleillés, la localisation idéale du quartier et la proximité des commerces et des transports en commun. Au milieu de cette population se trouvent aussi des maisons mitoyennes qui abritent des familles, heureuses de bénéficier d’un air de campagne dans la ville, et du Bois de la Cambre à une rue de chez eux ! Si l’on s’éloigne un petit peu du centre « universitaire », et que l’on descend vers Boondael et son square du Vieux Tilleul, on croise toujours de nombreuses poussettes, des jeunes enfants sortant des nombreuses crèches et écoles communales… Une ambiance familiale agréable qui voit se mêler personnes âgées, jeunes parents et Bruxellois populaires, dont l’accent bien marqué vous rappellera de ne pas rater la buvette du marché de Boondael tous les jeudis soir ! Une sorte de petit village dans la ville…

Projets futurs

A la limite entre Boitsfort et Auderghem, Le Cimetière d’Ixelles bénéficie d’un accès immédiat aux grands axes routiers, via Delta et Hermann-Debroux, tout en gardant une ambiance très personnelle. Point de liaison entre le quartier Montgomery et Uccle, sa position privilégiée dans la ville lui vaut d’être l’objet de quelques grands projets urbanistiques programmés dans les années qui viennent. Sachez par exemple que ce sera le site de Delta (près de la VUB-Vrije Universiteit Brussel) qui accueillera en 2017 la clinique édith Cavell (actuellement située près de la place Brugmann à Uccle) et celle du Parc Léopold. Il est également prévu que le site de la VUB soit aménagé en logements et commerces prochainement, soulevant ainsi la colère des protecteurs de la biodiversité locale. Sans oublier l’arrivée d’un quatrième centre de bien-être et sport Aspria près de l’hippodrome de Boitsfort avenue du Pérou (prévue pour le printemps 2016). Enfin, le terrain de l’hippodrome qui abrite le cirque Pauwels depuis quelques années, sera bientôt rénové de fond en comble pour y proposer un parc récréatif axé sur la découverte de la nature… Autant de projets urbanistiques qui contribueront à rendre ce quartier encore plus attractif.

Un marché immobilier stable et prisé

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D’un point de vue immobilier, le quartier du Cimetière d’Ixelles peut être divisé en deux tronçons, le quartier de l’Université avec ses maisons mitoyennes et petits immeubles, et le quartier de Boondael, plus bas, privilégié des personnes âgées et des familles qui y apprécient plus de calme et de verdure dans des immeubles plus aérés et des maisons plus larges. Selon Geoffroy de Clippele de l’agence De Maurissens à Boondael, il y a bien quelques familles de Français qui viennent s’installer dans le quartier, même s’ils ne sont pas nombreux par rapport au nombre total d’expatriés installés dans ce quartier qui longe l’avenue Franklin Roosevelt et ses nombreuses ambassades.

« Il faut savoir que la majorité des locations qui excèdent les 1.000 euros par mois sont habitées exclusivement par des expatriés. Au-dessus de 1.000 euros de location, le Belge préfère acheter un bien… Ici, le paysage immobilier est assez spécifique du fait de la population estudiantine vers l’ULB. Dans ce coin-là, les maisons et appartements sont loués en kots. On peut compter de 1.800 à 2.000 euros pour une maison mitoyenne de quatre chambres, et les appartements de 3 à 4 chambres se louent à 1.500 euros environ. Une tendance qui s’installe petit à petit est la location de maisons à des jeunes travailleurs. C’est une alternative de plus en plus appréciée par les propriétaires qui peuvent louer leur maison sans avoir peur des retards de paiement puisque les jeunes ont un salaire et cotisent à plusieurs pour payer leur loyer. De plus, le quartier autour de l’université est assez festif et bruyant, et ce public s’y accomode bien. »

Un peu plus bas, lorsqu’on descend « la rue du tram 94 » vers la place Marie-José et Boondael, les maisons s’agrandissent et les rues deviennent un peu plus spacieuses, c’est un quartier plus prisé par les familles ou les personnes âgées. Les immeubles longent les larges avenues bordées d’arbres. « A partir de Boondael, le prix des locations augmente un peu et atteint parfois les 2.500 euros par mois pour une maison de 4 chambres avec garage. Les immeubles modernes de l’avenue d’Italie sont les plus prisés car ils sont proches des commerces, et restent à l’abri du bruit, dans un cadre verdoyant et des appartements confortables. Si quelques projets de construction de nouveaux immeubles haut de gamme ont vu le jour, il est clair que la majorité des immeubles date des années 70 et nous avons de plus en plus de mal à vendre ces appartements-là. Pour un appartement entre 110 et 180 m2 dans ce quartier, il faut compter entre 2.200 et 3.000 euros du m2, mais le nouvel immeuble dessiné par l’architecte réputé Corbiau, qui remplace l’ancien « Parc Savoy » est estimé à 4.500 euros le m2. Les maisons sont déjà chères dans ce quartier très prisé des familles, jeunes ou moins jeunes qui y apprécient la proximité des commerces, la nature et les parcs adjacents, sans oublier les nombreuses crèches et écoles et les transports en communs tout proches…

Aujourd’hui le marché est stable et une maison mitoyenne de 200m2 se vend de 480.000 à 600.000 euros environ. Je dois dire que le quartier est très uniforme concernant les prix, qui ne varient pas tellement pour le moment. Mais nous vendons plus d’appartements, grâce aux nombreux immeubles mais aussi à la présence de toutes les ambassades situées sur l’avenue Franklin Roosevelt… »

 

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