Le bas de Saint-Gilles : esprit village

Paru dans JV 59 - Fev-mars 2017 | Texte : Nathalie Buet, Photos : Corentin Van Den Branden

 

Entre la gare du Midi et la barrière de Saint-Gilles se niche l’un des quartiers les plus en vogue du moment. Les jeunes Français qui arrivent dans la capitale ces dernières années sont de plus en plus nombreux à y élire domicile, donnant ainsi un coup d’accélérateur à ce quartier, trop souvent boudé par les Belges.  

Si le haut de Saint-Gilles (voir le JV 57 - octobre 2016) est connu pour son unité architecturale, ses belles façades 1900 et des prix au mètre carré qui avoisinent ceux du Châtelain, le « bas » (que nous avons choisi de placer entre la barrière et la gare du Midi) présente un paysage un peu plus varié. C’est pourtant là que se situe le cœur historique de la commune.

 

 

Un peu d'histoire : des plantations de choux au Parvis


Tout commence il y a 800 ans, lorsque le hameau d’Obbrussel, (« Haut-Bruxelles ») au nord de la paroisse de Forest, reçoit l’autorisation d’ériger son village en paroisse indépendante, dédiée à Saint-Gilles. Jusqu’au XVIIIe siècle, le paysage de Saint-Gilles est dominé par l’élevage, la culture maraîchère, des vergers et des vignes. Les premières industries apparaissent dans ce qui n’est encore qu’un faubourg de Bruxelles, au XIe siècle : brasseries, mais surtout carrières et briqueteries. Un peu plus tard, ce sera le textile. Avec la construction de la gare du Midi en 1869, un nombre important d’entreprises s’installent et l’urbanisation de la commune est engagée. La chaussée de Waterloo abrite alors de nombreux commerces, répondant ainsi à la demande d’une population croissante, qui passe de 9.000 habitants en 1865 à 40.000 habitants en 1885. De nouvelles voiries sont ouvertes en 1901-1902, et la place du Parvis est percée afin d’accueillir le marché de Saint-Gilles dès le début du XXe siècle. C’est à cette époque aussi que sont édifiées la majorité des constructions de l’avenue Jean Volders, l’avenue la plus remarquable du quartier.
 
Un air de Paris ?


stgilles rue 05Pour John Maes, gérant de l’agence immobilière JAM, à Saint-Gilles, « c’est la rue parisienne par excellence » : large, arborée, légèrement courbe, avec des immeubles d’angle imposants, certains marqués par des tourelles… Est-ce cela qui a attiré de nombreux Français dans ce coin de la commune ? Pas si sûr. Cédric Maes, de l’agence Engel & Völkers explique : « Dans cette partie de Saint-Gilles, nous sommes face à des acheteurs qui n’ont pas d’a priori, qui ne cherchent pas d’adresse. Ici l’offre est très diverse : vous avez des maisons 2 façades, un peu de neuf, de l’ancien, des beaux bâtiments, et vous pouvez vous retrouver dans des îlots idylliques tout à fait surprenants. » D’anciennes surfaces industrielles ont laissé la place à des lofts, très prisés par les artistes il y a quelques années et pris d’assaut par des particuliers. Qui sont ceux qui découvrent ces pépites ? « De jeunes ménages, souvent français, qui ont besoin de s’agrandir ou qui décident d’investir là car ils y trouvent le même esprit que près du canal Saint-Martin, dans le Xe arrondissement de Paris » (ndlr : où les prix au mètre carré ont doublé entre 2004 et 2014). Il faut dire que les rendements offerts dans cette zone sont intéressants : entre 5 et 10 % par an en plus-value de marché. À la location, les rendements dans le bas de Saint-Gilles avoisinent 6 % la première année. Les prix augmentent déjà : pour des appartements de 100 m2 environ, on est entre 2.000 € et 3.500 € du m2… Et cela grimpe vite : en bas de la rue de la Victoire, un appartement de 300 m2 avec garage et grande terrasse s’est vendu dernièrement à 1.150.000 € ! Alors peut-on acheter partout à Saint-Gilles ? Si le Parvis fait l’unanimité, les experts immobiliers conseillent de tout voir : un immeuble offrant de belles prestations, bien rénové, avec du caractère et une vue dégagée… vaut la peine d’être visité, même s’il est situé place de Bethléem ou près de la gare du Midi. Ces deux zones n’ont pas encore profité de l’essor bobo du reste de la commune et rassemblent, depuis des décennies, une grande partie des communautés portugaise et marocaine.  

 

Un quartier qui s’assume


stgilles parcpaulus 06

 

Alors pourquoi ce succès ? La concentration de transports en commun est l’un des points fréquemment cités, tout comme la proximité avec les Marolles. Les Français qui arrivent à Saint-Gilles ne réalisent pas toujours que la Porte de Hal se trouve à 10 minutes à pied de la place du Jeu de Balle. C’est d’ailleurs cette proximité qui pousse quelques galeries à s’installer ici. Jean de Malherbe dirige la galerie parisienne La Forest Divonne. Il explique : « En nous installant à Saint-Gilles, dans un lieu que peu de grands collectionneurs fréquentent, nous affirmons notre posture de découverte. Pour nos visiteurs de 50-60 ans, venir à Saint-Gilles c’est inédit, pour les collectionneurs plus jeunes, c’est super. »

 

 

stgilles tricoterie 01L’autre avantage cité est l’orientation « écolo responsable » du quartier. Les initiatives visant à favoriser les échanges et la cohésion sociale, le développement durable ou l’économie participative sont nombreuses. La Tricoterie est à ce titre emblématique. Situé dans un ancien site industriel, cet espace de 1.200 m2 rue Théodore Verhaegen, qui se définit comme « fabrique de liens » accueille des initiatives citoyennes mais également une importante offre d’activités : repair café, marché de créateurs, concerts, yoga (et yoga du rire !), sieste avec les gongs, ateliers d’écriture (pour ne citer qu’eux)… Son brunch du dimanche affiche complet toutes les semaines. Familial et bio, il permet de faire son marché pour la semaine et une garderie est prévue pour les enfants. Un peu plus bas, dans le quartier de la gare du Midi, les choses bougent également. Frédérique Libois-Versaen est propriétaire d’une grande maison familiale rue Joseph Claes. Après 10 ans dans le quartier, elle ouvre un groupe Facebook destiné à « connaître ses voisins, (...) et pour améliorer l’image et la qualité de vie dans le bas de St-Gilles ». Son cheval de bataille : « faire changer l’image du quartier de la gare du Midi et faire bouger les pouvoirs publics pour améliorer la qualité de vie. » Mobilier urbain, propreté, aide à l’implantation des commerces de qualité : au dire des habitants, il ne faut pas grand-chose de plus pour rendre le quartier encore plus agréable. C’est la gentrification qui fait le plus peur aux Saint-gillois : elle dénaturerait l’esprit « village ». 

 

 

Témoignage  - Alice Pilastre, jeune artiste


stgilles alice 03Cette jeune artiste plasticienne originaire de Vendée est arrivée il y a 13 ans à Bruxelles. « J’ai posé mes valises avenue Jean Volders et depuis, même si j’ai beaucoup déménagé, je ne me suis jamais vraiment éloignée de Saint-Gilles. Ce que j’aime ici, c’est le côté village du quartier : on a l’impression qu’il est plus facile qu’ailleurs de sympathiser avec ses voisins. Nous habitons avec mon compagnon chaussée de Waterloo et il est clair que notre rue n’est pas la plus charmante de Bruxelles, mais ici, très vite, vous passez dans les rues perpendiculaires et vous oubliez tous ces magasins et une chaussée pas toujours très propre. Le matin, quand j’accompagne ma fille à l’école, le cordonnier nous salue, le marchand bio nous offre toujours quelques fruits ou légumes en plus et les commerçants connaissent le prénom de ma fille ! Je suis artiste plasticienne et mon ami est auteur de BD, nous avons beaucoup d’amis artistes qui habitent le quartier. Il y a 6 ans, c’est cette dynamique artistique qui nous a attirés tous les deux ici plus qu’ailleurs. Aujourd’hui, c’est l’élan donné par de nombreux comités de quartier pour lancer des initiatives écologiques (des potagers partagés par exemple) qui nous fait rester ! » www.alicepilastre.com

stgilles crabPhilippe Emanuelli, le plus saint-gillois des Français
Après avoir ouvert le Café des Spores chaussée d’Alsemberg en 2004, ce Breton installé à Bruxelles depuis 20 ans a choisi d’implanter deux nouvelles adresses dans le bas de la chaussée de Waterloo. En 2015, il installe Crab Club, un restaurant entièrement dédié au poisson et aux fruits de mer, au n°7 : « Très vite, la clientèle nous a suivi, même si le quartier nous était moins favorable. On s’est basé sur notre expérience chaussée d’Alsemberg et cela a marché. Et puis, Bruxelles étant une petite ville, les gens se déplacent, même de loin, pour un nouveau restaurant. Pour Liberté Égalité Poulet, notre rôtisserie qui a ouvert au début de l’hiver, les choses ne sont pas aussi simples... La clientèle locale est encore très volatile, et il n’y a pas ou peu de commerces de bouche dans le quartier. Il nous faudrait une crèmerie, une boulangerie pour créer un petit pôle gastronomique…  Je crois vraiment dans l’avenir de ce quartier, mais le chemin est encore long ! »

 

 

Un peu d'histoire : la Porte de Hal... 
Construite en 1381, la Porte de Hal était l’une des sept portes d’accès à la ville médiévale et était rattachée à la seconde enceinte de Bruxelles (détruite en 1782). Grenier à blé en 1464, elle servit de temple luthérien au siècle suivant, de prison militaire en 1638. Désaffectée en 1824, elle fut restaurée et transformée sous sa forme actuelle néogothique en 1870. Aujourd’hui, la tour est rattachée aux Musées royaux d’art et d’histoire et propose un petit musée présentant l’histoire des fortifications de la ville avec des animations pour les enfants. Site : kmkg-mrah.be/fr/la-porte-de-hal.

...et La gare du Midi !
On peut dire que l’actuelle gare est la 3e du nom ! La 1e gare du Midi construite en 1840, se trouvait dans le centre de Bruxelles. La 2e, sur le site actuel, est construite en 1847. Le quartier va connaître un développement rapide et dans les années 1900, la gare arrive déjà à saturation. L’actuelle gare est inaugurée en 1952. À la fin des années 1990, celle-ci accueille les lignes TGV reliant Paris et Londres. Et demain ? Peu de certitudes… Le maillage administratif et la multitude des interlocuteurs entre région, commune, SNCB ralentit les prises de décision. Mais il semble que le concept de « gare habitante », garantissant équilibre entre logements, bureaux et peut-être « halle gourmande » autour de la gare soit en cours d’étude…

 

Les bonnes adresses du bas de Saint-Gilles

Crab Club
Un bistrot entièrement dédié au poisson et aux fruits de mer.
7 chée de Waterloo, tél : 0472 55 46 95, du lu au ve de 12h à 14h et de 19h à 22h et le we de 19h à 23h. Club de jazz dans la cave voûtée, avec concerts live les jeudis soir.

Le 203
Un peu plus haut, une adresse qui compte à Saint-Gilles.
203 chée de Waterloo, tél : 02 539 26 43, site : le203.com. Fermé du di au ma midi, ouvert de 11h30 à 14h et de 19h à 22h. Plats entre 15 et 17 € le soir.

Liberté égalité poulet
Du poulet bio belge élevé en plein air de la Ferme de Lustin. Rôtisserie et petite restauration.
11 chée de Waterloo, tél : 0483 34 77 68, tlj sauf le lundi 10h-20h.  Entre 20 € et 25 € le poulet pour 4 pers.   

Chouconut
Des choux, des cookies et des donuts réinventés par deux chefs pâtissiers.
46 rue Jean Volders, tél : 02 537 16 92, site : chouconut.com. Du ma au di de 10h à 18h30.

Mammouth
Lunchs sains et faits maison dans une déco résolument tendance.
10 rue de Russie, tél : 02 534 43 98, Facebook : mammouth.be. Du lu au ve de 11h30 à 18h30.

Entre nous
Cuisine locale, traiteur et épicerie.
29 rue de Mérode, tél : 02 537 63 18, site : entrenousbxl.com, du lu au ve de 10h à 19h.

Dillens Café
Un bar où l’on retrouve l’esprit branché de Saint-Gilles.
11 place Julien Dillens, tél : 02 538 31 36, Facebook : dillens. Tlj de 8h à 2h.

Galerie Le Salon d’Art et de coiffure
L’une des plus anciennes galeries de Bruxelles.
81 rue de l’Hôtel des Monnaies, tél : 02 537 65 40, du ma au ve de 14h à 18h30, sa de 9h30 à 12h et de 14h à 18h.

Galerie La Forest Divonne
L’espace bruxellois ouvert en 2016 par le fils de la galeriste parisienne.
66 rue de l’Hôtel des Monnaies, tél : 02 544 16 73, site : galerielaforestdivonne.fr. Du ma au sa de 11h à 19h.

La Maison bruxelloise
Mobilier vintage dans une boutique vraiment charmante.
1 rue d’Andenne, tél : 0478 56 18 84, site : lamaisonbruxelloise.be. Le sa de 14h à 18h ou sur rdv.

Herboristerie de Louise
13 av Paul Dejaer, site : herbodelouise.be. Lu de 14h à 20h et du ma au sa de 10h30 à 18h30.

La Tricoterie
158 rue Théodore Verhaegen, tél : 0486 88 29 96, site : latricoterie.be. Activités les dimanches et lundis, consulter le programme dense et détaillé sur leur site.

Le Comptoir Belge
Une boutique 100 % « made in Belgium » : du foie gras au whisky en passant par le lait d’ânesse et le champagne Rufus. Accueil très chaleureux.
72 avenue Jean Volders, tél : 02 539 12 00, Facebook : comptoirbelge. Du lu au sa de 12h à 19h.

Boucherie
Franck Segers
La meilleure boucherie de Saint-Gilles, et aux dires de certains l’une des meilleures de Bruxelles…
185 rue Jourdan, tél : 02 534 59 51. Du lu au ve de 8h30 à 18h, le sa de 8h30 à 17h et le di de 8h30 à 13h.  

Malt Attack
Une large sélection de bières belges et étrangères.
18 av Jean Volders, tél : 02 534 96 88, site : maltattacks.com, du mardi au samedi de 11h à 19h.

Nourritures terrestres
Pour un déjeuner végétarien.
43 Parvis de St-Gilles, tél : 0498 59 53 34, site : lesnourritures-terrestres.be. Du lu au sa de 11h à 15h.

Marché du Parvis
Depuis janvier 2017, le marché a lieu sur le « Carré des Monnaies ».
Petit marché les ma, me et ve, grand marché le w-e, marché gourmand les je.  

Piscine Victor Boin
Très belle piscine Art déco. Fermée temporairement pour rénovation.
Lu, ma, je, ve de 8h à 19h, me de 14h à 19h, sa de 9h à 12h et de 13h à 18h. Saint-Gillois : adultes 2,50 €/enfants 2 €, autres communes : adultes 3,50 €/enfants 2,50 €.

B&B L’Art de la Fugue
À deux pas de la gare du Midi, un B&B aux chambres spacieuses.
38 rue de Suède, tél : 0478 69 59 44, site : lartdelafugue.com. 85 € - 95 € la nuit.

B&B Maison AZ
6 chambres très confortables.
3 rue de la Victoire, tél : 02 534 94 88,
site : maisonaz.com. 125-150 €/nuit.

Aquarelle B&B
34 rue de la Victoire, tél : 0494 06 07 62, site : aquarellebnb.be  Chambres àpd 85 €.

Centre culturel Jacques Franck
Cinéma, concerts...
94 chée de Waterloo, tél : 02 538 90 20, site : lejacquesfranck.be.

 

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