Les législatives pour les Français de Belgique en 4 questions

Vendredi 19 mai 2017

Les forces en présence
par Alain Lefebvre

Depuis 2012 onze sièges de députés des Français de l’étranger ont été créés. C’est au prétexte du développement de l’expatriation des Français (aujourd’hui estimée à 2 500 000 personnes) que Nicolas Sarkozy avait inventé ces nouveaux sièges qui venaient s’ajouter aux conseillers consulaires et aux sénateurs des Français de l’étranger. Au terme d’un découpage souvent fantaisiste Nicolas Sarkozy avait imaginé l’emporter dans huit circonscriptions. Ce fut l’inverse qui se produisit. et l’UMP n’en remporta que trois.

Le Benelux n’échappa pas à la règle qui vit un député socialiste élu face à une UMP parachutée par 53-47, alors qu’à la présidentielle, au Benelux, Nicolas Sarkozy avait précisément obtenu 53% des suffrages face à François Hollande (47%).

Une participation très faible (24% au premier tour et 26 au second), un nombre de candidats extravagant (16) une dispersion des voix, et spécialement celles de droite et la très mauvaise campagne d’une très mauvaise candidate UMP eurent raison des espoirs de la droite de confirmer le score de la présidentielle.

Dix huit candidats !

Si la recomposition en cours rend les comparaisons avec 2012 difficiles, il n’en reste pas moins que les mêmes causes produiront probablement les mêmes effets. A quinze jours du premier tour et alors même que le Journal Officiel vient tout juste de publier les listes il est difficile de faire des prévisions sérieuses d’autant plus que la confusion semble régner dans tous les camps.

valeriebrosA droite, Valérie Bros, investie par Les Républicains et qui cumule une réelle connaissance de la Belgique où elle a vécu dix ans et où sont nés ses cinq enfants à un Cv impressionnant d’énarque ayant connu la grande entreprise, l’administration, les affaires européennes et un grade de colonel de réserve de l’armée de l’air connaît une concurrence aussi sauvage que mortifère. Parmi ses concurrentes déclarées Muriel Réus fraîchement débarquée de Paris et soutenue par des formations aussi nombreuses qu’inconnues est très appréciée par l’Union des Français de Belgique, dont les dirigeants sont désormais communs avec la Droite avec Macron, et qui voit dans la candidature de Muriel Réus une chance d’affaiblir Valérie Bros et de favoriser le candidat de la République en Marche. laporte

Caroline Laporte, soutenue par l’UDI - qui fait bande à part dans cette circonscription - compte sur sa présence sur le terrain et son impressionnante collection de selfies avec toutes les personnalités ,au gré de leur intérêt présumé, pour briguer le poste.

 

Confusion à droite, et en même temps, à gauche

corderyA gauche la situation n’est guère plus claire. Le sortant Philip Cordery, élu PS, se cramponne à son siège. Venu de la gauche de la gauche, ayant voté Aubry à la primaire de 2012 il avait le profil du frondeur type mais il semble qu’il ait été rattrapé par le social-libéralisme hollandais et il a, en fait, ce qui l’honore, consacré l’essentiel de son mandat à la défense des intérêts des Français du Benelux tels qu’il les avait définis dans sa campagne. Après avoir tenté d’obtenir l’investiture en Marche il voit finalement un bébé Macron lui voler la vedette dans la formation présidentielle.

angladeCe dernier, Pieyre-Alexandre Anglade, laisse perplexe. Collaborateur d’un député européen tchèque, communiste fraichement défroqué et appartenant à un parti libéral populiste, Ano 2011, hostile à l’Euro (Cherchez l’erreur !) il sera un test en grandeur nature du poids des étiquettes. Qui l’emportera du sortant qui se présente déjà sous la « double » étiquette ambiguë et pas très homologuée de « PS-Majorité Présidentielle » ou du candidat novice aux couleurs officielles de la République en Marche ?

perrineledanAux franges de ce Marais se développent des candidatures dont les chances de figurer au second tour sont assez minces. L’écologiste Perrine Ledan, sympathique écolo-bobo des beaux quartiers bruxellois, qui avait fait 10% en 2012, c’est-à-dire quatre fois plus qu’Eva Joly à la présidentielle, est cette année concurrencée par différents candidats qui se réclament de l’écologie. La thématique écologique, dépouillée de son gauchisme consubstantiel, est à la foi nulle part et en même temps (formule à la mode) partout dans ces élections où elle va tellement de soi que les réels enjeux ne figurent que de façon anecdotique dans les programmes. Cette fois, la nomination de Nicolas Hulot au gouvernement est probablement de nature à colorer en vert l’offre de la République en Marche même si avec un premier ministre ancien de chez Areva le grand écart soit compliqué à gérer.

rauszerA la gauche de la gauche, la candidate communiste ne semble pas avoir pu s’inscrire alors qu’elle était annoncée, et le Parti pirate, comme Demain en commun, mi gaucho-mi écolo ne gêneront probablement pas beaucoup la candidate de la France insoumise, Sophie Rauszer. Cette toute jeune femme, (29 ans) très impliquée auprès de Jean-Luc Mélenchon est conseiller parlementaire du groupe où siège le leader de la France insoumise au parlement européen. Née dans une famille communiste russo-polonaise elle a bâti le programme européen du candidat Mélenchon et s’insurge lorsqu’on lui dit qu’elle n’est pas européenne parce qu’elle est hostile au tout libéral de l’Union européenne. Ses chances de figurer au second tour sont réelles lorsqu’on sait que Mélenchon n’a fait que 10% au Luxembourg et 15% au Pays Bas mais plus de 20% en Belgique dont le poids est déterminant.

sorayalemaire

De l’autre côté, la candidate FN Soraya Lemaire incarne le renouveau du parti de Marine Le Pen. Fille d’une mère célibataire de condition modeste elle est titulaire d’un DESS de gestion de projet et d’une maîtrise de biologie. Elle a quitté le monde de l’entreprise où elle réussissait pour se consacrer à la politique et devenir attachée parlementaire puis chef de staff du groupe ENL au Parlement Européen à 37 ans. Les petits candidats d’extrême droite ne devraient guère lui faire d’ombre mais c’est la sociologie des Français de Belgique qui risque bien de lui être fatal.

 

 

Avec une participation probablement très faible, notamment en raison des congés de Pentecôte et une règle drastique pour le maintien au second tour il est probable que celui-ci se jouera entre En Marche poussé par la victoire de Macron, le PS sortant en raison de son implantation locale ancienne et de son ralliement anticipé au groupe présidentiel et la candidate LR si sa personnalité et son projet permettent à la droite de sortir de l’ornière dans laquelle elle s’est précipitée elle même. La disqualification de cette dernière pourrait permettre à la candidate de la France Insoumise de figurer au second tour face à un candidat « gouvernemental ».

Réponse les 4 et 18 juin. C’est à dire demain.

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