Solidarité: qu'en est-il en cette période?

Vendredi 10 avril 2020 | Photos : © Chloé Thome

Le confinement est général tout le monde doit rester chez soi. Mais comment font ceux qui n’ont pas de « chez soi » et comment les associations qui leur viennent en aide au quotidien se sont organisées? Nous avons rencontré et posé nos questions à Chloé Thome, porte-parole de « L’Ilot », association qui vient en aide aux sans-abris et aux plus démunis à Bruxelles et en Wallonie.

 

• Qui est « L’Ilot », cette association? Depuis combien de temps existe-t-elle? Que fait-elle exactement en temps « normaux »?


L’Ilot est une asbl qui existe depuis 60 ans. Elle est active à Bruxelles et en Wallonie. Sa mission consiste à répondre aux besoins rencontrés par les personnes sans abri et en situation de grande précarité en organisant une offre de services de première nécessité, d’accueil et d’hébergement temporaire, de création et de captation de solutions de logement, ainsi que d’accompagnement à domicile pour les personnes récemment relogées.
Notre premier objectif est atteint lorsque les personnes accompagnées retrouvent un certain niveau d’autonomie et des conditions de vie dignes.


 
• Comment vous êtes-vous organisés face au Corona virus?


 
Les mesures de sécurité qui permettent de contenir la dispersion et la multiplication du virus impliquent d’encourager au maximum de « rester chez soi ». Mais pour rester chez soi, il faut avoir un « chez soi ». 
 
Le public sans abri est particulièrement fragile et risque bien de faire partie des grands oubliés de cette crise sanitaire. Pour éviter la catastrophe sociale que serait le renvoi à la rue des personnes et des familles sans aucune solution de logement, les équipes de L’Ilot ont, dès le début de la crise, pris la décision de maintenir coûte que coûte l’ouverture de leurs différents centres et services à Bruxelles et en Wallonie.
 


• Les aides publiques ont-elles suivis?


 
Nous cherchons constamment le compromis permettant le maintien de notre mission sans mettre nos équipes en danger. Ce sont, par jour, plus de 150 personnes, qui pourront ainsi continuer de bénéficier de repas, de douches, de lessives, d’un accompagnement social, d’un lieu de répit et de solidarité et être mises à l’abri de complications de santé vu leur fragilité.
 
Pour cela, nous sommes en contact permanent avec nos autorités ainsi que solidaires et constructifs avec nos partenaires du secteur pour obtenir des solutions rapides et efficaces : matériel de protection tels que masques, gels hydroalcooliques, solutions de confinement adaptées, … Les aides publiques ont pris du temps à se mettre en place car une telle crise n’avait pas été suffisamment anticipée. A l’image des autres services de première ligne comme les soins de santé, nous manquons de matériel adéquat et, parfois, de réponses claires.  Malheureusement, les aides publiques sont presque instantanément insuffisantes.


 
• Concrètement, cela se passe comment pour les gens qui ont besoin d’aide?


 
À Bruxelles, notre Centre d’accueil de jour reste ouvert 7 jours sur 7 reste mais a adapté son service. Depuis le 16 mars, la distribution se fait à l’extérieur en mode « take away ». Un petit déjeuner puis un repas à midi en deux services, à distance réglementaire et avec une désinfection des mains obligatoire. Le service de douche et de lessive a également été repensé et adapté pour répondre aux normes sanitaires strictes.
 
Jusqu’à maintenant, la situation en maison d’accueil est moins agréable que d’habitude mais tenable. Toutes les activités récréatives ont été suspendues et le contact avec les familles n’est plus possible physiquement, ce qui est parfois difficile à gérer. Mais les équipes sociales redoublent d’effort pour alléger un maximum ce confinement.
 
À Jumet/ Charleroi, dans notre maison d’accueil pour hommes, nous avons la possibilité de mettre à l’abri les personnes à risque (personne âgée ou immuno- déficiente) car nous avons une maison avec des chambres individuelles, ce qui n’est pas le cas de nombreux autres accueils pour personnes sans abri qui dorment souvent en dortoir (comme dans nos maisons d’accueil à Bruxelles).
 
Le travail d’accompagnement à domicile a aussi dû être adapté et se fait essentiellement par téléphone. Ce qui ne remplace évidemment pas un contact humain et un bon suivi psychosocial. Il faut rester attentif au signaux.
 


• Quelles sont les communes les plus touchées?


 
Difficile à dire mais nous constatons une nette augmentation des demandes auprès de notre centre d’accueil de jour, sans doute due à la fermeture de la plupart des autres services similaires dans les autres communes.


 
• Comment suivre l’épidémie parmi ce groupe très fragilisé?


 
Les mesures de confinement Covid-19 ont de nombreux effets secondaires que l'on avait moins anticipés. L'évolution la plus marquante et très inquiétante est à noter au Centre d'accueil de jour situé sur le Parvis Saint-Gilles, où l'on remarque depuis quelques jours (et on craint que la situation ne fasse que s'aggraver dans les jours qui viennent) l'arrivée d'un public nouveau :
 
-   des femmes provenant du secteur de la prostitution (réseaux ou femmes isolées), qui se retrouvent sans aucune source de revenus. On attire l'attention depuis des années sur la corrélation claire entre le nombre moins important de femmes sans abri (alors que toutes les statistiques indiquent que la précarité est plus féminine que masculine) et la prostitution : les femmes en difficulté financière développent des stratégies d'évitement de la rue pour toutes sortes de raison (elles savent l'espace public plus dangereux pour elles que pour les hommes, elles ne veulent pas faire vivre dans la rue leurs enfants dont elles ont souvent la charge, etc.). On en a hélas plus que jamais la preuve aujourd'hui avec cette crise.
 
-   toutes les personnes qui survivaient en travaillant « au noir », illégaux ou autres, et qui aujourd'hui se retrouvent sans aucun revenu : les petits métiers de la construction, du nettoyage, etc.
 
Au centre d'accueil de jour, le nombre de repas distribués a doublé (près de 50 petit déjeuners et 80 repas proposés le midi >< 25 et 50 en temps normal) et les demandes risquent de continuer à affluer... Nous allons tout faire pour essayer de répondre à ces demandes nouvelles mais entre les stocks de nourriture qui diminuent et les tensions entre usagèr·e·s à gérer, nous appréhendons énormément les prochaines semaines - mois...


 
• Comment réagit la population?


 
Ce virus révèle toutes les failles du système, quel que soit le secteur. La société civile découvre jour après jour ce qu’elle ne voulait pas voir ou préférait oublier : celles et ceux qui survivaient jusqu'à présent, dans la rue ou en faisant - aussi - tourner la société, silencieusement et sans oser se plaindre, à la vue de toutes et tous. Celles et ceux qui dépendaient de petits boulots précaires, dont on acceptait, sans état d'âme, les conditions de vie indignes. Cette crise permet aux gens de s’indigner. Forcés de s’arrêter, ils prennent le temps de réfléchir. Nous recevons beaucoup de marques de soutiens, d’encouragements et de dons de nourriture, masques cousus main, etc. La solidarité s’entend d’ailleurs tous les jours à 20h.


 
• Que peuvent faire les personnes qui désirent aider?


 
Nous recevons de nombreuses proposition pour nous assister bénévolement pendant cette période de crise. Il nous est difficile de répondre favorablement à chacune d’entre elles pour une raison simple : il est malheureusement impossible d’encadrer tous les volontaires supplémentaires de façon structurée. A fortiori dans la situation d’urgence actuelle où nous devons redoubler d’efficacité.
 
Un don, quel que soit le montant, est un geste tout aussi précieux, voire davantage car nous pouvons facilement attribuer cette somme en fonction des nécessités de nos maisons et centre d’accueil (matériel, alimentation, …) ; et donc répondre efficacement à cette situation de crise.
 
Au-delà du don nature ou financier, partager nos publications, nous suivre sur les réseaux sociaux nous permet de continuer à sensibiliser un plus large public. Quand nous aurons retrouvé notre quotidien, les personnes sans abri, elles, seront toujours en rue. Et le combat continuera pour mettre fin au "sans-abrisme".


 
• Comment envisagez-vous les suites de cette période?


 
Au-delà de la crise exceptionnelle que nous traversons aujourd’hui et qui justifie évidemment des solutions et des budgets exceptionnels, il sera impératif de dégager des moyens tout aussi exceptionnels et structurels pour permettre à des femmes, des hommes et des enfants aux vies fracassées de retrouver une place pleine et entière au sein de notre société.
 
Nous espérons maintenant que la prise de conscience et l’engagement de la société civile persisteront après les élans de solidarité.


 
Leur site: www.ilot.be

 

 

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