Trouver un emploi en Belgique quand on est français

Paru dans JV 29 - Mis à jour 2017 | Texte : Anne Dujardin

Vous êtes arrivé en Belgique et vous cherchez du travail. Que faut-il savoir pour votre recherche, quels sont les « plus » et les « moins » de votre candidature française ? Nous vous avons dressé un panorama du marché belge de l'emploi.

 

Chercher un emploi n’est jamais chose facile en temps de crise. Il l’est moins encore dans un pays que l’on connaît mal, qui est certes la Belgique voisine, amie et en partie francophone, mais qui a ses caractéristiques propres, culturelles et linguistiques, légales et géographiques. Entre le trop d’optimisme de ceux qui se lancent tambour battant sur le marché du travail belge, ignorants de ses spécificités et le défaitisme de ceux à qui l’on a dit « sans néerlandais, c’est perdu d’avance », il y a une réalité plus bigarrée, dans laquelle les candidatures françaises ont toutes leurs chances, pour peu que l’approche soit fine et l’attitude ouverte. Pour démarrer votre recherche sur de bonnes bases, prenez le temps d’identifier les circuits, les organismes clés, connaissez les statuts qui s’offrent à vous et repérez les domaines et les régions porteurs pour vous.

 

Arriver en Belgique est parfois l’opportunité de se lancer dans une activité indépendante, qui peut s’avérer épanouissante.


 

Quel statut adopter?

 

Penser interim

L'interim est très pratiqué en Belgique. Au départ réservé à des postes non qualifiés, il se positionne aujourd'hui sur des postes de "middle management" pour des fonctions spécialisées et pour des postes de direction : c'est l'interim de management.

Salarié en Belgique

Il est naturel pour ceux qui étaient salariés de chercher un emploi salarié à leur arrivée en Belgique. Dans ce cas, vous n’avez pas beaucoup de questions à vous poser. Me Ruchat, avocat qui facilite l’arrivée en Belgique de sociétés françaises, précise qu’il n’existe pas ici de code du travail mais une loi (du 3 Juillet 1978 pour les puristes) qui protège très bien le salarié. Petite ombre au tableau, à salaire égal, vous paierez plus d’impôts en Belgique qu’en France, surtout si vous avez des enfants. D’autres, par vocation, par choix de la flexibilité ou pour contourner les obstacles à l’emploi salarié, optent plutôt pour le statut de travailleur indépendant.

Pour mieux comprendre comment fonctionne la période d'essai, le préavis de licenciement, la clause de non-concurrence, lire Etre salarié en Belgique

 

Indépendant, un statut tentant

Le statut d’indépendant « personne physique » (par distinction avec indépendant dans une société) est très répandu en Belgique et tout à fait adapté pour qui veut créer son propre emploi. L’indépendant peut prester des services pour un client ou réaliser des missions d’intérim, par l’intermédiaire notamment des agences d’intérim management.

Avantages : Ce statut permet la flexibilité de son temps de travail et d’appréciables optimisations fiscales. Pour des Français en Belgique, être indépendant c’est aussi une piste efficace pour contourner les obstacles à l’emploi salarié : celui du néerlandais et celui de la durée de résidence. Le temps d’une mission, les entreprises hésitent moins à avoir recours à quelqu’un qui ne parle pas les deux langues principales du pays. Enfin, vous êtes nombreux à l’avoir raconté « l’idée m’avait déjà effleuré de créer ma propre activité et démissionner pour venir en Belgique m’a décidé à me lancer ! »

Voir notre article : les démarches pour devenir indépendant.

 


Où paraissent les offres d’emploi en Belgique ?

 

En Belgique, comme ailleurs, une recherche d’emploi complète passe par les médias traditionnels qui relaient les offres et par les réseaux sociaux, virtuels ou réels, qui donnent accès au marché caché de l’emploi. Bien entendu, ces circuits intéressent au premier chef ceux qui aspirent à un emploi salarié, mais pas seulement. Les indépendants y trouveront des missions d’intérim et certainement aussi un coup de pouce à la constitution de leur carnet d’adresses.

Lire notre article complet sur les offres d'emploi en Belgique.

 



Comment accéder au marché caché de l’emploi  ?

 

Ce serait 50 % des postes à pourvoir en Belgique pour lesquels l’entreprise ne diffuse pas d’annonce et compte plutôt sur le bouche-à-oreille, la recommandation. On "réseaute" alors pour se faire connaître et avoir une chance d’être introduit auprès d’un recruteur. Réseauter pour trouver un emploi ou une mission commence idéalement avant même d’arriver en Belgique - votre entreprise a peut-être un poste pour vous ici - et s’intensifie après. Il s'agit alors de parler autour de soi, de reprendre contact avec des chasseurs de tête qui dans le passé peut-être ont eu à faire à vous, d'exploiter Linkedin (Viadeo est quasi inconnu en Belgique) et de construire votre réseau belge de « Français de Belgique ».


Fréquenter des ateliers, des tables rondes, des formations est une piste aussi, en se rapprochant de lieux comme la Chambre Française de Commerce et d’Industrie (site : cfci.be) et Brussels Enterprises Commerce and Industry (site : beci.be). Dans les deux cas, seules les sociétés et indépendants peuvent être membres, mais à la CFCI tout un chacun peut y recevoir des conseils sur sa recherche d’emploi et participer à ses ateliers et formations.

 

Bruxelles est une ville de réseaux ! N'hésitez pas à fréquenter ateliers, conférences et formations. La Chambre Française de Commerce et d'Industrie est un endroit à approcher pour un Français qui cherche à travailler en Belgique. Consultez aussi notre page consacrée aux réseaux féminins en Belgique.

 


La géographie de vos opportunités d’emploi

 

Bruxelles et sa région

Bruxelles et sa région restent le territoire de prospection privilégié des chercheurs d’emploi français. Beaucoup habitent la capitale et ils arrivent ici à détourner l’obstacle du néerlandais.

La ville abrite les quelque 30.000 emplois des Institutions européennes, comprenant des emplois à durée indéterminée et des contractuels. Bruxelles a aussi attiré de nombreux sièges européens et bureaux régionaux d’entreprises internationales où l’anglais prévaut : General Electric, Levi Strauss&Co, Procter et Gamble, Eurocard, les « Big 4 » de l’audit et du conseil,… pour ne citer qu’eux. Une entreprise américaine qui cherchait à s’implanter en Europe, s’est d’abord intéressée au triangle Amsterdam-Paris-Francfort, qu’elle a finalement réduit à une ligne Anvers-Bruxelles, parce que les deux villes belges offraient le même intérêt géographique avec des coûts d’installation nettement moindres… et parce qu’on y trouve des profils de toutes nationalités ! Pour satisfaire les besoins de cette communauté internationale, les commerces, les services et les écoles se sont multipliés. On y recrute  des profils « francophones internationaux ».

Le Brabant-Wallon

Tout près de Bruxelles, le Brabant Wallon, ou Wallifornie comme il aime à se faire appeler, est une autre piste à considérer dans une recherche d’emploi. Le pôle scientifique de Louvain-la-Neuve avec près de 500 entreprises high-tech, plutôt dans le domaine médical et pharmaceutique et le pôle industriel de Wavre affichent un réel dynamisme. On y trouve de grandes sociétés internationales, comme Glaxo-Smith-Kline dont les effectifs ont fortement progressé ces deux dernières années, et des PME industrielles, souvent des spin off (entreprise née d’une autre plus grande), tournées vers l’export. Les profils ingénieurs français y sont appréciés. On y parle français au quotidien et anglais pour les affaires.

Ceux qui vivent à Bruxelles ne passeront pas forcément plus de temps dans les transports qu’en région parisienne : Louvain-la-Neuve est à 30 mn en voiture, Charleroi et Namur à 1h00 et Liège à 1h20. 

La Flandre

La Flandre, avec Anvers en particulier, est à moins d’une heure de Bruxelles. Elle attire depuis longtemps des entreprises internationales autour de son port et s’est affirmée dans le secteur de la mode. Profils internationaux à vos marques. Là plus qu’ailleurs, le néerlandais est vivement recommandé et l’anglais est impératif.

 

 


 

La question du néerlandais

 

Pour qui cherche un emploi en Belgique, la tentation est forte de s’appliquer à faire oublier sa nationalité, non pas qu’on en ait honte, mais parce qu’on a bien conscience qu’elle peut constituer un frein à l’emploi. Hélas, tout clame votre différence ! Votre accent, même si vous ne venez pas de Marseille, votre vocabulaire, votre CV et bien entendu votre ignorance ou quasi du néerlandais. Les Wallons eux-même ne maitrisent pas toujours le néerlandais, mais ils ont l'avantage d'une plus grande compréhension de la complexité culturelle belge. Souvent, les Français arrivant en Belgique l'ignorent ou la sous-estiment.

Pour s'imprégner des codes, des rouages de l’économie belge, de son actualité, rien de tel que de prendre l’habitude de lire Le Soir et La Libre Belgique et d'écouter Radio Première.

Lire notre dossier "Apprendre le néerlandais".

 

L’anglais peut-il compenser ?

Oui définitivement, dans bien des postes et soyons honnête, sans néerlandais ni anglais votre recherche d’emploi va être plus dure. Mais là encore, les coachs et consultants RH conseillent vivement de tester votre niveau et de réactiver votre pratique. Le niveau d’anglais des Belges est élevé et le vôtre sera très certainement testé en entretien, voire dès le premier contact téléphonique. Préparez-vous. Laetitia qui a commencé sa carrière à Bruxelles dans une entreprise américaine, puis dans pour un siège européen, insiste sur la dimension multiculturelle des grandes entreprises à Bruxelles. « L’anglais est indispensable mais il faut aussi une ouverture d’esprit, une capacité à travailler avec d’autres nationalités. »

 

Témoignage : Laetitia a étudié le néerlandais dès son arrivée à Bruxelles.

« Au cours des trois premiers postes que j’ai occupés, d’abord pour une société américaine, puis une fédération agricole européenne et un siège européen, ma non-connaissance du néerlandais n’a pas été un obstacle. En travaillant dans la communication, j’ai dû apprendre les sensibilités belges, l’approche des médias belges, mais le français et un anglais solide suffisaient. Un anglais solide, j’insiste ! En revanche, quand je suis passée dans la filiale belge de la même société, qui employait 70 % de néerlandophones, je n’ai pas regretté les quatre heures de cours par semaine que je m’étais infligée pendant deux ans. Sans cela, je n’aurais jamais eu ce poste et quand bien même, je n’y aurais pas survécu. Les réunions, les mails : tout en néerlandais. à ce moment-là, alors que je vivais depuis plus de dix ans en Belgique, j’ai eu l’impression de seulement en comprendre la complexité et la richesse. Ensuite, j’ai créé une marque de linge pour enfant et là encore, quelle chance d’avoir le néerlandais pour prospecter. Si je devais donner un conseil, ce serait celui-là : apprenez la langue, c’est le meilleur moyen de comprendre le pays et intégrez-vous dans la vie locale, même pour de petites choses. Le marché est dur mais avec une attitude positive et ouverte, beaucoup de choses sont possibles. »

 


 

V. Vergeynst, The House of Marketing.

Interview parue dans JV 27 en février 2012.

The House of Marketing s’est spécialisé dans l’intérim management en marketing.

« Nous avons 80 permanents placés chez nos clients, plus des indépendants sollicités quand la demande est forte ou quand nous n’avons pas en interne l’expertise demandée. Nous plaçons en permanence vingt à trente indépendants. Dans tous les cas, le marketer réalise une mission de trois à six mois en entreprise, il doit être capable de s’intégrer et d’être opérationnel rapidement. Les profils de deux à quatre ans d’expérience sont très demandés en ce moment, mais pas seulement. Dans l’intérim, être surqualifié n’est pas un problème, au contraire, c’est une garantie d’efficacité immédiate. Une candidature française a-t-elle ses chances ? Oui bien entendu, quelques Français travaillent régulièrement avec nous. Autant un recruteur peut hésiter à embaucher définitivement quelqu’un qui ne parle pas le néerlandais - le marketing réclame une bonne connaissance du terrain - autant pour une mission, il sera prêt à “sacrifier” la langue pour l’efficacité. En Belgique, de nombreuses directions marketing sont très francophones, d’autres travaillent sur le marché européen et dans ce cas, le néerlandais n’est pas un critère. Bien sûr, 95 % de nos clients veulent au départ un intérimaire trilingue, mais après discussions et propositions, 60 à 70 % seulement conservent le néerlandais comme exigence absolue. »

 

 

A. Lalhou, Famactive.com

Interview parue dans JV 27 en février 2012.

La fondatrice de famactive.com est une férue de l’entrepreneuriat et une spécialiste des stratégies de présence sur internet.

« Le personal branding est un outil pour se démarquer, pour se faire remarquer sur le net, pour montrer ce que son profil a d’unique. C’est essentiel pour accéder au marché de l’emploi non visible sur les annonces. En Belgique, 50 % des recruteurs utilisent les médias sociaux, les PME en particulier. Il s’agit d’exploiter les richesses du web 2.0. On est là dans le domaine de l’échange avec les entreprises et dans celui de la recommandation. 80 % des gens font confiance à la recommandation en général, c’est vrai aussi pour le recrutement. Il faut être présent et actif sur LinkedIn qui n’est pas saturé en Belgique et même sur Facebook et sur Twitter, qui émerge avec une présence de 10 % des entreprises belges. Ensuite, il existe des outils plus avancés comme Doyoubuzz qui permet d’humaniser son profil, Slideshare pour publier… Faire son marketing personnel, c’est se doter d’une identité numérique maîtrisée, appropriée et professionnelle. Le préalable indispensable à ces démarches : bien se connaître. C’est l’essentiel du travail et cela passe parfois par un bilan de compétences, par des tests de personnalité ou encore par une analyse approfondie de ses valeurs et de ses expériences."

 

O. Dufour, Michael Page Belgium

Interview parue dans JV 27 en février 2012.

"Un Français aura toutes les chances de travailler en Belgique s'il remplit deux conditions : bien parler anglais et avoir une compétence transposable. J'entends par là, une compétence "universelle" qui n'a rien à voir avec la culture locale ou la législation du pays. C'est le cas des compétences financières, d'audit, d'ingéniérie, de recherche & développement, d'achat, de supply chain, de formation. C'est plus dur pour des postes en ressources humaines où, hormis en recrutement, la connaissance du droit social local est indispensable. Pour les commerciaux et le marketing, l'absence du néerlandais sera un obstacle sur le marché local, mais ne le sera pas dans les directions commerciales de sociétés internationales et de sociétés belges tournées vers l'export. En ce moment, les sociétés belges sont pluôt attentistes. Elles gèrent au jour le jour les remplacements, il n'y a pas vraiment de vagues d'embauche, mais il y a quand même des recrutements. la vision à long terme est assez opaque, mais pas forcément pessimiste pour autant. L'intérim management se porte, quant à lui, plutôt bien."


 

 

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Quelques expressions belges et leur explication :

  • « BM? Ouè! »

    La BMW se dit BM oué, et la VW ,V oué. En toute logique. Comme Ouécé (WC) et Ouagon (Wagon).

  • « Faire de son Jan »

    À la question de savoir ce que signifie « faire de son Jan » nous avons obtenu la réponse : « faire de son nez ». Clair, non ? Non ?

  • « Dîner »

    En Belgique on dîne à midi !