Toutes nos guerres

Lundi 28 juin 2021

Enfin, nous y sommes. Le déconfinement est presque total, et si nous arrivons à obtenir un taux de vaccination acceptable pour ce début d’été, nous pourrons enfin reprendre librement et sans contraintes le chemin de nos sorties, de nos amis, de nos familles. On a presque du mal à y croire. Et sommes pour le moment incapables d’envisager un retour complet à un quotidien tel que nous le connaissions « avant ». 

Que retirerons-nous de cette période ? Qu’un mal planétaire peut nous clouer au sol, dans nos frontières, dans nos maisons, dans nos familles nucléaires. Que certaines avancées technologiques ne remplaceront jamais les rapports directs. Que les apéros en facetime n’auront jamais la saveur des échanges « en vrai », comme un Pastis qui n’est bon qu’au soleil en terrasse. Plus sérieusement, que nos aînés, aussi, sont d’une fragilité réelle, et que l’éloignement physique, lorsqu’il est contraint, est un déchirement pour les valides, et une solitude sans fin pour ceux qui ne peuvent se déplacer, et attendent avec impatience de voir leurs enfants et petits-enfants grandir. Que les contacts entre nous, lorsqu’ils sont virtuels, sont incomplets.


Ces moments à venir avec les membres de « notre » communauté affective cet été, j’ose souhaiter qu’ils seront plus forts, et à la mesure de cette attente. Puissions-nous comprendre durablement tout ce que cette frustration nous a révélé.


Nos états occidentaux nous ont protégés, nous avons la chance d’avoir eu des vaccins en abondance. La science, amorcée des années avant la finalisation de ces vaccins, a démontré tout le potentiel des grandes industries, toute la nécessité d’une recherche aidée, soutenue, pour qu’elle soit réactive au bon moment.
Maintenant, levons les yeux plus loin que nos familles, et envisageons le reste du monde : il y a encore trop de pays où les vaccins manquent, trop de populations qui ne sont pas assez riches pour avoir accès à ce que nous, nous exigeons comme un du. Il serait bon aussi, sans culpabilité, de nous rendre compte de notre chance. Nous n’avons pas été en guerre, c’est un concept que je trouve presque indécent au regard de ce que sont les véritables guerres, où tant d’hommes ont été broyés par dizaines de millions en des temps qu’on espère ne pas revivre. Mais une autre guerre s’ouvre peut-être à nous : celle de l’indifférence. Nous qui en sortons « vivants », plus que jamais, savourons notre félicité et tentons de ne pas nous replier sur nous-mêmes. Et de ne pas oublier ceux qui sont nés ailleurs, sous des cieux moins cléments. Et qui luttent contre la pauvreté, contre notre oubli, dans des situations de guerre. De vraie guerre.
Aurelie Koch

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