Avril : visite des serres de Laeken

Paru dans JV 26 - Mise à jour : avril 2018 | Texte : Aurélie Koch

Au coeur du domaine royal de Laeken, un palais de verre et de métal abrite le jardin d’hiver le plus spectaculaire du royaume, à découvrir de mi avril à début mai

L’histoire du domaine royal de Laeken remonte à l’époque des Pays-Bas autrichiens. Édifié en 1784 à l’initiative de Marie-Christine, gouvernante des Pays-Bas du Sud et fille de l’impératrice Marie-Thérèse, le palais est ensuite occupé par Guillaume Ier, roi des Pays- Bas, qui y fait ajouter l’une des plus grandes orangeries d’Europe. À l’indépendance de la Belgique (1830), le domaine devient la résidence d’été de la famille royale belge et au fil des acquisitions de terrains voisins, s’étend bientôt sur près de 200 hectares. Mais c’est sous Léopold II (1865-1909), le célèbre « roi bâtisseur », qu’il s’enrichit d’un « jardin d’hiver ». Aujourd’hui, ce vaste domaine verdoyant situé au nord de Bruxelles est la résidence du roi Philippe et de la reine Mathilde..

 

La Tour Eiffel » de Léopold II

À l’époque de la conception des serres, le jardin d’hiver est un concept nouveau qui fleurit dans plusieurs villes de France, d’Angleterre, d’Irlande et d’Allemagne. Il allie le rêve de l’éternel jardin printanier - très prisé sous nos latitudes peu clémentes - à la prouesse technique et architecturale que représente alors l’usage du verre et du métal dans une construction d’envergure. Le projet est confié à l’architecte Alphonse Balat en 1874, et si quelques ajouts seront effectués jusqu’en 1905, l’essentiel du complexe est achevé en 1893, soit quatre ans après la Tour Eiffel. Comme cette dernière, il répond à une volonté d’illustrer les récents progrès faits en la matière et de repousser les limites de l’utilisation du fer et de l’acier dans des édifices plus ambitieux que jamais. À ce désir s’ajoute celui de disposer de prestigieuses salles d’habitation et de réception, conformément aux rêves de grandeur et d’innovation qui caractérisaient Léopold II. Conçues comme un ensemble de verrières de différentes tailles et de pavillons reliés entre eux par de longues galeries et autres passages vitrés, les serres de Laeken permettent de parcourir les 700 mètres qui séparent le palais attenant de « l’église de fer », un lieu de culte aujourd’hui transformé et inaccessible au public.

 

Une ville de verre

D’une superficie totale d’environ deux hectares, cette petite ville transparente répond à deux vocations distinctes : certaines serres ont été conçues pour y recevoir des hôtes, tandis que d’autres, plus intimistes, étaient destinées à un usage privé. Parmi ces dernières, la serre aux palmiers, aux voûtes en forme de palmes, mène au pavillon des palmiers, un appartement privé lui-même relié à l’église de fer par une galerie. C’est dans ce pavillon que Léopold II se retira à la fin de sa vie, en 1909. À l’autre extrémité du complexe, la rotonde, aussi appelée « le jardin d’hiver », était quant à elle destinée aux réceptions, avec son diamètre de 57 mètres et ses 25 mètres de haut surmontés d’une couronne royale. La serre basse que l’on nomme « embarcadère » faisait office de serre d’accueil : les carrosses venaient y déposer tous les invités, qui se dirigeaient ensuite vers la serre « salle à manger » ou la rotonde en passant par la serre Congo. Entre les deux extrémités de ce palais de verre, un réseau de galeries fleuries, parfois souterraines, se croisent pour former des pavillons aux coupoles variées, telles que les serres de Diane et de Narcisse. L’ensemble est également complété par la silhouette des deux cheminéesde fer en forme de minarets, qui constituent la partie visible de l’installation de chauffage d’origine. Mais les serres ont bien failli ne pas survivre au XXe siècle. Dans les années 80, suite à un délabrement progressif, elles sont dans un état déplorable. La structure, rongée par l’humidité ambiante, est même devenue instable et dangereuse. Avec la crise pétrolière, le thermostat des 40 chaudières du sous-sol a été revu à la baisse et bon nombre de plantes tropicales n’y ont pas survécu. Un plan de rénovation est alors lancépour sauver ce qu’il reste de ce patrimoine en péril. Certaines serres sont totalement démontées, réduites à un puzzle numéroté dont les pièces endommagées seront fidèlement copiées. D’autres, comme la rotonde qui devait rester sur place pour continuer à abriter ses hauts palmiers, seront restaurées in situ. Si les techniques de soudure ont largement évolué, des rivets « décoratifs » restent néanmoins conservés pour maintenir l’aspect initial de la structure. Le résultat est remarquable, et c’est avec une allure à nouveau royale que les serres entrent dans le XXIe siècle.

 

Serre de Laeken ©Xavier HarcqUn univers où le végétal est roi

Des mousses aux arbres de 20 mètres, les serres abritent quelques dizaines de milliers de plantes, dont beaucoup appartiennent encoreaux plantations d’origine. Tout commence avec la serre « embarcadère », dont les précieux vases ramenés d’Extrême-Orient par Léopold II accueillent de grandesplantes de Medinilla, une plante tropicale délicate aux grappes florales rose tendre. Entre le sol couvert de végétation et les canneliers, un large escalier fleuri mène ensuite à la serre du Congo, dont le sol parsemé de primevères et la collection de palmiers annoncent déjà le tableau suivant : une jungle de fougères arborescentes conduisant à la grande rotonde. Dans ce paysage où règne une atmosphère de forêt vierge subtropicale, certains spécimens proviennent encore des premières expéditions effectuées au Congo. Ici, le regard se promène entre les harmonies de plantes vertes des enrochements, les bananiers et les collections de palmiers variés. Parmi ceux-ci, des palmiers centenaires et d’autres, plus rares, hybrides et uniques en Europe. C’est le cas notamment du Phoenix nabonnandi, conçu pour avoir des palmes plus longues et un port plus gracieux que les palmiers communs. La plupart des arbres présents ici datent encore de l’époque de Léopold II. Plus loin ce sont tantôt les 296 sortes de camélias qui occupent le devant de la scène, tantôt les hortensias, les anthuriums, les azalées d’Inde ou du Japon, quand ce ne sont pas les belles allées de pelargonium (géraniums) ou de fushias qui accompagnent les visiteurs dans les galeries, bordant les chemins ou tapissant les voûtes jusqu’à former de véritables tunnels fleuris. Enfin, dans la grande galerie des géraniums, c’est une tout autre ambiance qui se dégage de la romantique petite serre de culture appelée « Le Reposoir ». Là, un sentier herbeux serpente entre les troncs des fougères arborescentes, au milieu des primevères, gloxinias, streptocarpus et autres petites plantes aux fleurs colorées, menant à un banc noyé dans les hampes florales de medinilla. Quant à l’orangerie, ses belles dimensions permettent d’abriter chaque hiver la cinquantaine d’orangers bicentenaires du palais, ainsi que des rhododendrons de l’Himalaya aux délicates fleurs blanches, des lauriers, des camélias et des tilleuls d’appartement.

 

Un joyau à la source de l’Art nouveau

Par bien des aspects esthétiques et techniques, les serres de Laeken préfigurent de nombreuses caractéristiques de l’Art nouveau, officiellement né en Belgique avec la construction de l’Hôtel Tassel par Victor Horta en 1893, l’année même où les serres sont achevées. En effet, à l’instar de ces dernières, ce courant inspiré par la nature et le règne végétal mettra à l’honneur la lumière, la fluidité des espaces, les éléments de structure faisant offi ce d’ornement, mais aussi les formes rondes et les volutes, et bien sûr les structures de verre et de fer forgé. Quant à l’alliance entre l’architecture et le végétal, plus « littérale » encore que fi gurée dans le cas des serres, elle illustre une volonté d’unifi cation de l’art et de la vie qui deviendra le voeu des représentants de l’Art nouveau. On ne sera dès lors pas étonné d’apprendre qu’Alphonse Balat, le concepteur des serres, comptait Victor Horta parmi ses élèves.

 

En pratique

Les serres sont ouvertes au public 3 semaines par an seulement, toujours au printemps. En général elles ouvrent leurs portesde mi-avril à début mai, de 9h30 à 16h, avec des nocturnes de 20h à 22h le vendredi, samedi et dimanche, mais il est préférable de vérifier les jours et horaires sur internet au préalable car ceux-ci peuvent varier. 

Adresse : Avenue du Parc Royal
1020 Laeken (Bruxelles)
Téléphone : +32 (0) 2 551 20 20
Site : www.monarchie.be/fr

 

 

 

 

   

Jours d'ouverture 2018 :

samedi 21 avril 9h30 – 17h00 20h – 23h00
dimanche 22 avril 9h30 – 17h00 20h – 23h00
lundi 23 avril fermé
mardi 24 avril 9h30 - 17h00
mercredi 25 avril 9h30 – 17h00
Jeudi 26 avril 9h30 – 17h00-
vendredi 27 avril 13h – 17h00 20h – 23h00
samedi 28 avril 9h30 – 17h00 20h – 23h00
dimanche 29 avril 9h30 – 17h00 20h – 23h00
lundi 30 avril 13h – 17h00 20h – 23h00
mardi 01 mai 9h30 – 17h00 20h – 23h00
mercredi 02 mai 9h30 – 17h00
jeudi 03 mai 9h30 – 17h00
vendredi 04 mai 13h – 17h00 20h – 23h00
samedi 05 mai 9h30 – 17h00 20h – 23h00
Dimanche 06 mai 9h30 – 17h00 20h – 23h00
lundi 07 mai fermé
mardi 08 mai (*) 9h30 – 17h00 (*) Journée préférentielle pour les personnes à mobilité réduite et leurs accompagnateurs.

Mercredi 09 mai 9h30 – 17h00
jeudi 10 mai 9h30 – 17h00 20h – 23h00
vendredi11 mai 13h – 17h00 20h – 23h00

 

Des serres très protocolaires !

Plantes et jardiniers sont sous haute surveillance au château de Laeken. Quoi de plus normal pour une résidence royale, a priori. Mais les choses se compliquent un peu lorsque l’on réalise un article sur les serres et leurs plantations, appartenant pourtant au patrimoine national. En effet, tenus au plus strict secret professionnel - il est des recettes d’engrais que même la reine mère refuse sans doute de divulguer - les jardiniers et gestionnaires des serres ne sont autorisés à s’entretenir avec les curieux de leurs magnifi ques parterres qu’un seul jour par an, peu avant l’ouverture annuelle au public. Si les lois de la réalité vous empêchent de vous plier à cette règle aussi désuète que peu commode, rendez-vous l’année prochaine ! Mais cet art de cultiver le silence a peutêtre un prix, comme par exemple celui de couper un peu plus encore la monarchie belge des réalités actuelles du monde et de ce pays. À moins que ces plantes, qui ont vu défiler tant de chefs d’États et d’hommes illustres, n’aient trop de secrets à nous révéler ?

 

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